LES LIVRES
Les
ouvrages de Gilles du Pontavice
et
ROBERT PARKER ?
Les critiques de Gilles du Pontavice
Deux entrées pour cette
page:
1. Sommaire ci-dessous par ordre
alphabétique des auteurs.
2. Défilement par ordre
chronologique d'écriture, de la critique la plus
récente à la plus ancienne
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GENERAL
Sommaire par ordre
alphabétique des auteurs.
Pierre
Boisset Millésimes
et Campagnes
André
Dupé et Michel Freyssinet. Vins, vignobles et vignerons de la vallée du
Loir.
Jacques
Orhon. Guide pratique des
vins d'Italie.
Jacques
Puisais. Nicolas de Rabaudy Le goûteur et le Voluptueux.
Guy
Renvoisé Le monde du
Vin, art ou Bluff
Slow Food
Editions Guide des Vins du
monde
J'ai malheureusement
perdu les références d'une épaisse Cote des Vins
qui vient de sortir grâce à la revue Vintage
International. Mais vous le repèrerez vite dans les rayons: un
gros ouvrages en deux volumes verts au prix de 490 Frs. Si vous
voulez savoir combien de florins valait en mars 1996 et à
Chicago une caisse de Cos d'Estournel 1966 dont six boiuteilles
étaient légèrement basses et deux avaient des
étiquettes abîmées, ce livre est fait pour vous.
Si votre curiosité se limite à la valeur actuelle d'un
Cos d'Estournel 1966, envoyez-moi un E-MAIL.
Jacques Orhon
Guide pratique des Vins
d'Italie
Les Editions de l'Homme
( Québec), 1993, 332 pages.
On ne peut que rester
stupéfait par le chauvinisme des français en
matièren de vins - à commencer par votre serviteur.
Certes, nous savons que l'Ilatie produit des vins - pour les pizzas-
et l'Espagne aussi - pour la paëlla-, que la grèce fait
du Retzina vite oublié, et que les californiens
achètent nos fûts de chêne pour nous les renvoyer
en liquide. Mais nous savons très peu des grands vins de ces
pays - en grande partie, il faurt bien le dire, à cause de
leur mauvaise distribution. Ca change, et de plus en plus vite. Tant
mieux pour tout le monde ! Nous sommes bien heureux que le monde
entier nous achète nos vins et surtout notre cognac, il faut
en accepter l'inverse.
L'ouvrage de Jacques Orhon ( s'il
a quelques années, on le trouve encore en librairies et on
peut le commander) est ce que j'ai vu de mieux sur le sujet des vins
d'Italie. Il m'a incité à faire une dégustation
de ces vins, qui s'est révélée pleine de
surprises, dont quelques-unes excellentes. Je ne dis pas cela
seulement parce que ce québécois est d'origine
bretonne....
Vous savez maintenant que
j'attache beaucoup d'importance au plan des ouvrages. C'est
l'odssature qui soutient les nerfs, après tout. par le jeu des
tables des matières, des cartes bien faites, ce livre permet
de retrouver immédiatement quel vin vient d'où, avec
quoi il est fait, et ce qu'on peut y trouver. Le format est
agréable, voire beau. L'iconographie a le charme des
années surex, mais l'ensemble est, à mon avis, un
très bon livre qui atteint son but: bien renseigner l'amateur
tout en donnant un féroce appétit.
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Slow Food Editions
Guide des Vins du monde
Argicola Slow Food
Editore, 1993
De la philosophie de Slow
Food appliquée à l'amour des grands vins. Je recommande
ce guide, pas facile à trouver, parce qu'il met en application
le credo de Slow Food: faire connaaître et
apprécier les bons produits du monde entier. Ici, ce sont les
vins. Chaque pays est étudié par un spécialiste
local. Evident, direz-vous ? Mais plutôt rare. Tant est grande
la tentation des auteurs du monde vinicole de se croire
spécialistes en tout. Pourtant, Slow Food le clame avec
raison, chaque pays a ses habitudes de faire le vin et de le boire.
Pour prendre, au hasard, un exemple, un dégustateur
américain, si! compétent et intègre soit-il, ne
pourra que reproduire ses goûts personnels et surtourt
nationaux dans ses commentaires. Ce livre à multiples voix est
une excellente introduction à la symphonie des vins du
monde... par des auteurs du monde entier.
Préface, donc caution, de Hugh Johnson.
Une fois n'est pas coutume
( mais je soutiens - et représente en Bretagne- Slow Food,
voici un lien vers le serveur de cette association
international.
http://www.slowfood.com
Jacques Puisais.
Nicolas de Rabaudy
Le goûteur et le Voluptueux.
Gérard Klopp
Editeur, 212 pages, 1996
C'est un recueil de notes,
pensées et actions de l'oenologue Jacques Puisais, mises en
scènes par l'écrivain Nicolas de Rabaudy.
L'éventail parcouru est vaste, mais toujours traversé
par un humanisme et une bonté qui rassasient l'âme et le
palais. Pas de doute: la philosophie du vin et de la nourriture du
professeur Puisais est bien latine (cf Enchères et en Vins
N°16), à la recherche du plaisir et de l'équilibre
plus que de la performance héroïque. Au mot
"héroïque", je sens que vous devinez de qui l'on va,
encore parler ! Hé oui, c'est Bobby ! Ici le système
Parker est bien expliqué; Jacques Puisais et Nicolas de
Rabaudy, comme bien d'autres, s'inquiètent de la dérive
vers des vins rouges d'extraction trop poussée et de
boisé vulgaire, ou des liquoreux candidats dans "la course
infernale aux degrés potentiels": les problèmes que
nous pose Robert Parker ne sont pas dans la formulation de ses notes
ou ses goûts personnels ( qu'il rappelle sans cesse
n'être que personnels), mais dans l'interprétation qu'en
font les esprits et les palais paresseux: la perversion réside
dans l'introduction du chiffre dans le domaine artistique, si l'on
veut bien considérer les grands vins comme des oeuvres d'art
nées de la terre; je me souviens avoir lu ( mais où ?)
que la réussite d'un sport tient à sa capacité
à générer du chiffre ( classements,
statistiques, probabilités) qui fixent l'attention du
spectateur sur canapé. Il en va de même pour les vins.
Qu'est-ce qu'un 95/100 ( car c'est en définitive ce qu'on
retient du classement) ? C'est un meilleur vin qu'un 90, et tout est
dit. Un peu simple ! Du temps révolu où on accordait
aux vins de la cuisse ou du corps, on était quand même
plus explicite que ce jugement qui sonne comme l'énoncé
du tour de poitrine d'un mannequin. Puisais, lui, nous explique
doucement, mais d'une manière implacable, qu'un vin n'est
qu'un élément de la vie, qu'on ne saurait trop isoler,
sauf pour des besoins d'analyse délimités, d'où
le plaisir n'est quand même pas absent. Comme Renvoisé,
mais un Renvoisé souriant, il pose plus de questions qu'il
n'assène de réponses. Parmi ces questions, celle
fondamentale, et naturelle aux vrais ruraux, de l'origine des
produits: une tomate, ce n'est pas une tomate parmi tant d'autres,
mais une tomate d'ici, ou de là, de telle nature... Puisais
préconise l'unité de lieu, l'accord inné des
mets et des plats voisins, le bonheur dans la simplicité
apparente. Prophète du plaisir, il n'hésite pas
à se lancer dans l'antre du dragon de la Foire de Paris, " ce
capharnaüm à cauchemars tout droit sorti de la
défonce du consommateur" pour sauver par une conférence
savante et gourmande quelques "frères de race, distraits du
divertissement pascalien par les hochets du trompe-l'oeil en
série !" Car l'homme de science est aussi un pédagogue
qui fait goûter les légumes aux enfants pour leur
redonner le goût des racines.
Encore plus passionnant,
le Puisais intime dévoilé chez lui, qui couve sa cave
de six cent crus, prête l'oreille à ses radis et fait
parler les haricots ! Chaque aliment doit dévoiler son
pedigree pour avoir droit de cité chez lui. Et il s'insurge
avec bon sens contre les trafics alimentaires en tous sens
(1).
Bref, voilà un
livre qui ne laissera personne indifférent, car chacun s'y
retrouvera et voudra s'élever avec lui. Moi, par exemple, qui
lis en ce moment le chapitre consacré au pain ( le bon pain
"unifie les quatre saveurs de base, le sucré, le salé,
l'amer et l'acide"), tandis que Bleuzen est en Centre-Bretagne pour
apprendre à faire du vrai pain en compagnie d'un ami sculpteur
à la recherche d'un matériau noble; quelle heureuse
coïncidence !
(1). "Que se produirait-il
donc si, au lieu de végétaux, le boeuf se mettait
à manger de la viande ? (...) Il se remplirait, notamment,
d'acide urique et d'urate. Or l'urate a quant à lui des
habitudes particulières. Les habitudes particulières de
l'urate sont d'avoir un faible pour le système nerveux et le
cerveau. Si la vache mangeait directement de la viande, il en
résulterait une sécrétion d'urate en
énorme quantité, l'urate irait au cerveau et la vache
deviendrait folle ".
Rudolf Steiner,
inspirateur de la biodynamie (qui conclut cet ouvrage),
écrivait ceci en... 1923 ! Je ne sais si la
démonstration est probante, mais la conclusion est
d'actualité !
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Pierre
Boisset Millésimes et
Campagnes
Robert Laffont,
1989
Où peut-on encore
trouver Millésimes et Campagnes, le livre de souvenirs de
Pierre Boisset paru en 1989 chez Robert Laffont ? Peut-être,
comme moi, chez un soldeur à 30 Frs. "Trois milliards six cent
millions de litres de vin, c'est l'incroyable volume des achats que
Pierre Boisset, acheteur-dégustateur, a effectués pour
constituer la cave de l'un des plus grands établissements
français: la société Nicolas", annonce le
prière d'insérer.
Le livre est simple et
lumineux: Boisset décrit en quelques pages chacune de ses
campagnes d'achat, de 1948 à 1984, donne le ton du
millésime, et nous voyons soudain revivre une France rurale
peuplée de plus d'un million de vignerons, sans compter ceux
d'Algérie, et nous la voyons bouger d'année en
année au gré des saisons et des marchés, non
sans une grande nostalgie. Ah.. la solitude de l'acheteur au fonds
des campagnes. Un très, très bon bouquin.
André Dupé et Michel
Freyssinet. Vins, vignobles
et vignerons de la vallée du Loir.
Editions Cénomane,
Le Mans, 192 pages, 1996.
Ou l'incroyable descente
aux enfers du prestigieux vignoble de Jasnières et de ses
cadets des Coteaux du Loir et du Vendômois: grand vin blanc
victime des variations des modes ( car à Jasnières,
vignoble septentrional, on ne peut guère faire que du
Jasnières), et d'un morcellement qui ne le cède en rien
au cadastre bourguignon, il a bien failli disparaître: de
10.000 hectares de vignes en 1824, le vignoble de la Sarthe
était tombé à 450 hectares en 1992. Assez
normal, après tout, la vigne se repliant sur les terrains les
plus favorables. Mais les bonnes terres à Jasnières en
ont autant souffert: l'AOC date pourtant de 1937, pour 143 hectares
de coteaux d'argiles à silex. Or en 1973, on ne recense de
déclaration que pour 11 hectares en Jasnières, et 5 en
Coteaux du Loir. La question de la disparition de l'AOC est
posée... et résolue par l'agrandissement de la culture
depuis 20 ans. Sec ou moelleux, ou entre les deux, le
Jasnières est marqué par sa forte acidité qui en
éloigne les palais timides. Mais, mieux fait que
naguères, il s'est parfois civilisé, il a en tous cas
regagné la faveur d'un public conquis par de bons
millésimes récents et le talent de jeunes viticulteurs
comme Eric Nicolas. Tout cela est très bien expliqué,
regorge d'anecdotes et de connaissance du cru.
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Guy Renvoisé
Le monde du Vin, art ou
Bluff
Editions du Rouergue,
1994, 366 pages.
Le grand
évènement de la littérature oenophile ( en 1994)
est pour moi la parution du pavé (dans la mare) de Guy
Renvoisé, Le Monde du vin: art ou bluff. Renvoisé,
éminent dénicheur de bons vins pour les grands
restaurants, s'épargne d'ailleurs le point d'interrogation qui
devrait ponctuer le titre, tant la répose est pour lui
évidente: bluff à 90%. De prime abord, cet ouvrage
touffu et un peu confus peut paraître comme le nougonnement
d'un vieil amateur nostalgique, mais on se rend vite compte qu'il
repose sur une érudition extraordinaire, une connaissance des
sols et de la vinification dont aucun Bobby n'approche.
Renvoisé est
très dur envers à peu près tout ce qui tient au
vin d'aujourd'hui. De la stérilisation des sols bourrés
de produits douteux ou recouverts de terres allogènes aux
rendements faramineux de clones standardisés, des extensions
illimitées des crus bordelais à la malignité des
Bourguignons, de la bureaucratie inepte à la fiscalité
spoliatrice, tout y passe, et il est heureux qu'il y ait une
conclusion réconfortante pour nous dissuader de passer
à la Badoit ! Renvoisé compte sur les doigts des deux
mains les viticulteurs de chaque région, car il place la barre
très haut. On ne peut citer tous les passages croustillants de
ce livre, mais je ne résiste pas au plaisir de reproduire ses
conseils pour bien acheter aux enchères:
" Au moment où
démarrent les enchères, placez-vous de
préférence sur le côté, le dos au mur
(...). Quand vous avez décidé de rentrer dans les
enchères, faites votre annonce d'une voix nette et
intelligible ou bien levez très franchement la main.
Dès que la somme dépasse celle que vous vous êtes
fixée, faites, avec votre avant-bras, des signes de
dénégation très fermes (...)"
On ne s'ennuie pas dans
les salles de vente avec M. Renvoisé ! Je signale à ce
propos que les frais sont fixes ( 10,854%) et non plus proportionnels
comme indiqués page 138, et que l'on peut acheter sur ordre
sans se faire "allumer" à tous coups.
Un livre comme celui de
Parker donne des conseils, des notes, bref il guide et
sécurise le lecteur. Seuls les américains ont cette
faculté d'allier la Bible au reader's Digest. Le classement
par points simplifie bien des choses: je rappelle que l'influence de
la notation de Parker est de plus en plus grande sur le cours des
vins français, et je connais bien des vignerons qui tremblent
e attendant leur publication.
Le Renvoisé pose
plus de questions qu'il n'y répond, dans une tradition bien
française ! Il brocarde par ailleurs le système de
dégustation des vins jeunes, la base des notes de Parker,
affirmant non sans raison que les vins présentés dans
ces occasions éphémères sont les plus
susceptibles d'être appréciés, et ne
reflètent pas toujours la qualité de l'ensemble; il lui
oppose une technique simple: à la fin d'une
dégustation, les bouteilles les plus vides sont toujours les
meilleurs ! En résumé, c'est un ouvrage indispensable
à tout amateur curieux.
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