ENCHERES ET EN VINS, LE RETOUR
LE BLOGUE DE GILLES DU PONTAVICE
Gilles du Pontavice est expert en vins depuis 1990. Il a ouvert en 2004 VinorumCodex, une base d'estimation de vins et de quelques alcools. Cette base unique au monde affiche plus de 52.000 cotes de prix, plus de 27.000 notes de qualité, ainsi que plus de 200.000 cotes de prix anciennes. Cette base de données est aussi un observatoire des tarifs des vins vendus en primeur, avec plus de 4.000 prix de sortie recensés depuis le millésime 1990. Ce blog est un dérivatif à la rigueur de VinorumCodex. Il reprend aussi des articles publiés avant l'invention d'Internet... ou du moins avant que je réussisse à le maîtriser.
10 janvier 2006: Sugar m'a tuer
21 novembre 2005: nouveau forum vins-encheres
5 septembre 2005: Les 50 ans de Bleuzen du Pontavice
28 août 2005: Benoît XVI et moi.
26 juin 2005: Primeurs 2004: la fin.
3 juin 2005: Point sur les primeurs 2004
3 mai 2005: Château Patailley 2004
23 avril 2005: Vaste programme.
21 avril 2005: Les primeurs, suite
18 avril 2005: Les primeurs d'il y a 20 ans.
16 avril 2005, à commander: J'attends mes primeurs, J'élève mes primeurs.
11 avril 2005, 21.35 PM Primeurs 2004
7 avril 2005, 07.45 H AM. COMMENT SERA ECRIT CE BLOG ?
7 avril 2005, 06.45 H AM. C'est reparti
??? en 2000: Pour Robert Parker
Novembre 1999: encore Valandraud
1999: Le vin à table, on en parle
Mars 1999, LETTRE OUVERTE A MADAME C. DE MEURSAULT,
Septembre 1997 A LIRE : LE GOUTEUR ET LE VOLUPTUEUX
Vers septembre 1996, Un rusé vigneron
Février 1996 DU NATUREL ( ET POURQUOI IL REVIENT AU TROT)
Septembre 1995: Les meilleurs vins du monde sont...
Décembre 1994: L'Avocat du vin, et le procureur du vin (...).
Avril 1994: Château de Valandraud
10 janvier 2006: Sugar m'a tuer
En ce début d'année, je vous apporte au nom de VinorumCodex.com mes meilleurs voeux pour un an de dégustation mémorables et plus sobres. Plus sobres? Oui, car on peut toujours rêver d'une desescalade dans un monde de vins costauds et trop alcoolisés. Cette surenchère dont il est trop facile d'attribuer l'origine au "goût américain", elle est due en fait à l'ensemble de la filière: tant les producteurs bourguignons que ceux d'Alsace, les dégustateurs et les sommeliers..
Une lueur d'espoir me vient à la lecture de la Revue du Vin de France de novembre 2005 ( il n'est jamais trop tard pour l'ouvrir), dans laquelle j'ai relevé cette phrase qui me semble la plus importante de l'année:
"Il faut purement et simplement interdire la chaptalisation et les méthodes d'enrichissement." Pas moins!
Sous la plume exercée de Bernard Burtschy, dans la première revue française traitant du vin, et même sur une page "humeur", cette phrase audacieuse devrait sonner comme un coup de tonnerre dans le monde viticole. Je n'en ai pas vu beaucoup d'échos, aussi j'y apporte mon humble coup de pouce.
Interdire la chaptalisation? Ca veut dire quoi? Ca veut dire des années sans Chambertin ( il faut 11,5° d'alcool et certaines vignes n'en sont plus capables en année froide). Des années sans Bonnezeau ( il y faut 13,5° d'alcool potentiel). Des années sans Sauternes ( il y faut 13° d'alcool potentiel). Quant au Champagne... Certes, dira-t-on, ces Chambertins, ces Bonnezeaux et ces Sauternes n'en sont peut-être pas vraiment. Mais ils existent et se vendent sans peine. Sans parler des Bordeaux qui font allègrement 13° alors qu'ils étaient si bons à 11 naguères.
On connaît les causes premières de cet emballement pour l'alcool: en gros, l'influence anglo-saxonne pour des vins de pure dégustation contre l'habitude latine de boire à table des vins rafraîchissants et se mariant avec la cuisine. Quand un dégustateur dit d'un vin du Languedoc: " C'est du Porto...!", curieusement, c'est un compliment. J'aurais pensé le contraire. J'ai trouvé l'autre jour un vin de Californie qui titrait 15,8°. Je me souviens d'avoir goûté des cabernets francs de 14,5° en Anjou, après la récolte 1989. "Heureusement, me disait le vigneron, j'ai des cuves à 12° pour équilibrer." Aujourd'hui, il pourrait en faire une cuvée spéciale en priant pour se voir refuser l'agrément, refus garant d'une plus-value certaine.
La littérature des forums n'est pas en reste, avec l'apparition du terme de "fou furieux", qui désigne un viticulteur qui prend des risques ( "insensés, forcément insensés") pour vendanger à très haute maturité. Pas besoin dans ce cas de chaptalisation, je suppose, mais après, comme le dit Burtschy: "une seule cuiller suffit".
Cette évolution n'est pas saine. Elle n'est pas saine pour la santé. Elle n'est pas saine pour l'éducation des jeunes, dont pour beaucoup le palais ne reconnaît plus les nuances d'un vin de Bordeaux. Elle est suicidaire pour le vin français, qui voudrait lutter contre les tropiques. D'autant qu'elle se double d'un phénomène aussi pernicieux, qui est la présence de sucre résiduel dans les vins. Chez certains producteurs d'Alsace, les vendanges tardives ressemblent aux sélections de grains nobles, ce qui n'est pas grave; mais les vins secs ressemblent aux vendanges tardives, ce qui l'est plus. Des vins rouges sont sucrés. La combinaison de l'alcool, du sucre et souvent du bois étouffe le terroir et le raisin. Elle permet de boire les vins plus jeunes, "sur leur fruit", comme on dit, mais en se privant de la combinaison subtile qui fait les vins de garde. Au secours! Le sucré est la saveur la plus élémentaire. Les vins sucrés sans raison sont des vins régressifs, qui flattent un plaisir enfantin. L'acidité est devenue un gros mot. L'amertume, autrefois on disait la noble amertume, est synonyme d'ennui. Les notes de dégustation de certains vins de la Californie française évoquent une carte de fast-food.
Faut-il interdire la chaptalisation? Je n'en sais rien et ne suis pas compétent pour en juger. En tous cas, il est temps de réfléchir sérieusement à cet artifice, qui est souvent devenu un médicament pour soigner des moûts déséquilibrés. Laissons le mot de la fin au comte Chaptal, justement, dont le nom est passé à la postérité:
"Tous les vins naturels ont un bouquet plus ou moins agréable. Il en est même qui doivent une grande partie de leur réputation au parfum qu'ils exhalent. Le vins de Bourgogne est dans ce cas-là. Ce bouquet se renforce par la vétusté ( le vieillisement ). Il n'existe que rarement dans les vins très-généreux, ou parce que l'odeur de l'alcool le masque, ou parce que la forte fermentation qui a éténécessaire pour décomposer tous les principes, le fait disparaître ( dernière formule plus contestable)."
( Texte de 1819)
21 novembre 2005: nouveau forum vins-encheres
Non, ce blog n'est pas abandonné. Il est juste suspendu, le temps que tombent les dernières châtaignes et que se dressent les derniers champignons, ce qui malheureusement ne saurait tarder. J'en ai profité pour lancer un forum sur Google. Il sera consacré aux ventes de vins, permettant ainsi aux internautes de ne plus encombrer les forums d'amateurs avec leurs annonces de vente. C'est juste un début.
http://groups.google.com/group/vins-encheres
5 septembre 2005: Les 50 ans de Bleuzen du Pontavice
L'anniversaire est passé depuis deux mois, sa date exacte a été fêtée dignement au Château de Roquetaillade en Gironde, mais un cinquantenaire de Martine Bleuzen du Pontavice, gastronome émérite, grande cuisinière, auteur entre autres de la collection La Cuisine des Châteaux, de La Cuisine de l'Amour, du Blé Noir, etc..., ne pouvait se faire en une seule fois.
C'est pourquoi nous avons réuni le 27 août 2005 nos amis dégustateurs des Bretagne pour un dîner agrémenté de quelques vins. Etaient présents Martine dite La Cuisinière, votre serviteur dit L'Expert, et L'Artisan, L'Elue, Le Banquier, La Mumuse, Le Boulanger, La Boulangère, Le Végétarien, La Guémenoise, L'Ecologue, L'Enseignante, Le Chimiste et L'Etudiante. Et mon chien Parker... comme les stylos.
Pour cause de froideur bretonne, l'apéritif prévu dans la piscine a été transféré sous une tente. Le menu distribué aux convives ne comprenait pas les "bis", plus" et "prime" qui font le sel de ces réunions.
Jurançon sec Cuvée Marie de Charles Hours 2001: une gourmandise acidulée aux arômes d'agrumes que l'Ecologue avait pioché dans sa cave en précipité retour de vacances chez l'Artisan, consacrées à la pêche au bar et à la nage en poussant le canott garni d'enfants. Délicieux.
Anjou blanc de Jo Pithon, cadeau du Banquier, curieuse bouteille achetée 3,91 euros sans les agios chez un soldeur, étiquette minimaliste, bouchon seul millésimé, vin sec (?) mais surmûri, bref curieux. On est friand des surprises en Bretagne Intérieure.
DEBUT DU MENU OFFICIEL
CHAMPAGNE VEUVE, qui clôt le premier cinquantenaire de Martine.
Servi avec machins divers et dés de courgettes grillés dans le but d'enrayer la production galopante du jardin de l'Expert. Un champagne de grande cavalerie certes, mais régulier et séduisant par sa corpulence. Plus je vieillis, plus j'aime la Veuve Clicquot, que je préfère de loin au Moët.
PREMIER SERVICE
Dégelée de poulet au foie gras ( Kerdréan et Gers)
La dégelée de poulet est une terrine en gelée garnie de morceaux de poulet bio et de foie gras fournis 1) par le Banquier et la Mumuse 2) par des artistes voisins. La gelée est faite à partir du jus de cuisson des poulets, qui sert de jus de cuisson à des os de veau. Manque de gélatine malheureux, la gelée n'a pas pris, c'était donc une dégelée, cependant fort bonne. La décoration de fleurs de capucines et de persil simple et double s'est également effondrée.
Pour l'accompagner:
Bonnezeaux Château de Fesles 1947 "petite fenêtre", une des 7 cuvées de Fesles dans ce grand millésime, bien entendu hors commerce. Robe orangée soutenue, botrytis sensible, mais noble amertume. Bien. Pour mémoire, les 6 autres cuvées: l'assemblage, très bon mais qui a tendance à madériser. Le "petit coteau" plus sec et droit. "La Chapelle" excellent. La Minée. La cuvée PN, pourriture noble, très botrytisée mais moins typée Bonnezeaux. Et un "1947 sec" d'une puissance phénoménale, l'exemple de ce que serait un Savennière idéal. Mais qui peut en avoir? A mon point de vue, tous ces grands vins s'inclinent devant un Fesles 1943, qui est une merveille.
En bis: Fesles "normal" 1989: joli vin mûr, mais quand même
un peu simple, symptomatique de la baisse de ce cru à l'époque.
Ne vaut pas La Chapelle.
Yquem 1967: logiquement le grand vin de la soirée, sans aucun doute le plus cher. Arômes mûrs et fins, abricot etc..., grande longueur en bouche, bien sûr très très bon. Mais l'Expert déclara qu'il avait un meilleur souvenir d'autres millésimes, particulièrement de la force du 1975 ou de l'opulence de 1976.
LA DEGUSTATION
surprise et à l'aveugle. Les dégustateurs étaient seulement avertis qu'ils goûtaient cinq bouteilles de Bordeaux, avec ce curieux titre: "L'ART DE L'ASSEMBLAGE". A dix heures, l'Expert a lâché un premier indice: 1989. A 10 heures 15, le second: Moulis.
Il s'agissait en fait d'un assortiment exceptionnel de Château Poujeaux 1989. 5 bouteilles du même millésime, l'assemblage, et les 4 cépages qui y entrent différemment. Ces vins qu'on goûtent parfois séparés au tonneau, nous avions une occasion unique de les comparer 15 après. Je ne crois pas trahir mes commensaux en disant que cette expérience a dominé notre soiré, même l'Yquem 1967, même le Cahors 1880. Voici les résultats chiffrés sur 30, avec entre parenthèses les miens:
Poujeaux 1989 cuvée cabernet-sauvignon: 19,61 (21,3, tanique et de grande classe).
Poujeaux 1989 cuvée cabernet-franc: 19,58 ( 20,5, droit).
Poujeaux 1989 cuvée merlot: 18,17 ( 15,5, gras, vulgaire).
Poujeaux 1989, assemblage: 17,28 ( 18,8, dur).
Poujeaux 1989, petit verdot: 14,26 ( 18,3, très sec, classe).
On notera que l'assemblage du tout ne sort pas premier. Que le cabernet-sauvignon le dépasse largement. Est-ce inquiétant? Peut-être, mais le Poujeaux 1989, s'il est bon, n'est pas une merveille. On notera aussi la bonne note que je donne à l'aveugle au petit-verdot. C'est un cépage d'appoint dont on parle peu. En bonne année, quand il mûrit bien, il apporte de la complexité et favorise la garde. Il n'est pas facile de connaître la place qu'il occupe dans les vins du Médoc, car il n'est pas toujours incorporé au vin. Mais il mérite le respect, car il fut le seul verdot de la soirée! D'un précédent ouvrage épuisé, je tire ces quelques statistiques de plantation:
Poujeaux: 12%.
Kirwan; 10%.
Angludet, Léoville-Barton, Léoville-Poyferré, Pichon-Lalande: 7%.
Langoa, Prieuré-Lichine: 6%.
Belgrave, Cos Labory, Ducru-Beaucaillou, Duhart-Milon, Lafite, Lafon-Rochet, La Lagune, Latour, Malescot, Marquis de Terme, Sociando-Mallet, Talbot: 5%.
Léoville-las-Cases; 4%.
Beychevelle, Gruaud-Larose, La Tour Carnet: 3%.
Le lendemain midi, l'Artisan nous sortit un Poujeaux 1986 qui surclassait largement le 1986: plus de bonne sève bordelaise, plus fondu et complexe.
PREMIER TROU ALGERIEN, souvenir de la conception de Martine Bleuzen, pendant que son père ignorait la guerre d'Algérie en plantant des balises IGN dans les montagnes du Sud du pays. Ces vins que nous goûtons régulièrement sont des mises de la maison Sénéclauze provenant d'Oran. Ils ont en commun leur excellente conservation et leur générosité; ils nesont pas très subtils mais nous donnent bien du plaisir. Ici le 1959, très bon.
GIGOT DE CHEVREUIL A LA FACON DE LA CUISINIERE ET TARTE DE JACQUES.
Le chevreuil est bien sûr sauvage et de chasse loyale. Ici, il est cuit à la façon du gigot de 11 heures, mais en six heures, d'abord saisi puis en cuisson très lente. La sauce était une tentative, réussie, de Martine pour remplacer l'habituelle marinade par "autre chose" de breton. Donc roux à la farine de blé noir et au muscadet, d'où une certaine acidité finalement fort bienvenue. C'était accompagné de:
Gevrey-Chambertin Lavaux-Saint-Jacques 2001 et 2002 de Charles Rousseau. Nous aimons beaucoup le secteur des Saint-Jacques pour leur fraîcheur, et ce domaine reconnu. Les vins ont été décevants. Trop jeunes sûrement, et sans doute desservis par cette sauce assez déroutante. C'est comme ça.
Jacques, c'est le végétarien, et ses tartes ne sont pas destinées qu'à sa consommation personnelle, car elles sont toujours délicieuses.
SECOND TROU ALGERIEN, Sénéclauze d'Oran 1952. Moins bon, mais on le savait avant.
DEUX CAHORS PRE ET POST-PHYLLOXEMARTINE
Le Clos de Gamot est un domaine emblématique de Cahors, célèbre pour son grand pouvoir de vieillissement. J'ai de grands souvenirs des 1969 et 1970. Le 1966 restait fort, rond et puissant, très fondu, mais un peu neutre. Le second était un 1880 rebouché au Clos dans les années 1960. Nous étions tous émus de goûter un vin d'avant le phylloxera: robe très claire, presque rosée, bouquet aérien de roses, bouche légère mais soutenue par une acidité importante. Un vin de rêve, du taffetas que nous n'oublierons pas.
TROISIEME TROU ALGERIEN, Sénéclauze d'Oran 1953, très bon comme toujours et bien "rentre-dedans".
COTEAU DE FROMAGES
Bons fromages bien affinés et choisis par le Banquier et la Mumuse. Accompagnés de Côte-Rôtie La Mouline 1983 et 1984, deux grands millésimes à maturité. Le 1983 est un grand vin, avec ce caractère "monolithique" qui plaît tant au Grand Robert. Bien sûr que c'est très bon et que ça coule comme l'eau de ma source, mais je préfère un Margaux de la même année. 1984 était remarquable, avec une certaine dureté bienvenue.
LE MENU ETANT TERMINE, il était temps d'un petit sacrilège avec un Pommard Clos des Epeneaux 1993 du Comte Armand, un oncle éloigné. On le boit toujours trop jeune. J'ai eu la chance de vendre un lot de 1961, 1962 et 1964 qui étaient merveilleux.
AU LIT! Tiens, on a oublié la bouteille du chimiste! Jasnières Calligramme 2002 de chez Nicolas. Du nerf pour s'en rappeler et de la douceur pour aller se coucher.
Belle dégustation ma foi. J'en ai fait des dizaines, mais je crois bien que c'est la meilleure!
28 août 2005: Benoît XVI et moi.
LE PAPE RECOIT LE PRÉSIDENT HONGROIS.
"Benoît XVI a reçu en audience le président de la République de Hongrie, Ferenc Madl, dans la matinée du 1er juillet et se sont entretenus en privé durant une vingtaine de minutes, puis le président a offert au pape trois bouteilles de Tokay. Le Saint-Siège n'a pas fait de déclaration sur le contenu de l'entretien. Le chef de lÉEtat hongrois, Ferenc Madl, est venu rencontrer le pape à un mois du terme de son mandat présidentiel, initié en août 2000.
Au terme de l'entretien, dans la bibliothèque du pape au deuxième étage du Palais apostolique, Benoît XVI a accueilli l'épouse du président et une délégation d'une douzaine de personnes parmi lesquelles Gabor Erdody, ambassadeur de la République de Hongrie près le Saint-Siège.
Le président hongrois a fait cadeau au pape d'une bible enluminée du 17° siècle en allemand, une précieuse bible allemande enluminée du XVIème siècle. Il lui a ensuite indiqué sur la table de la bibliothèque privée un coffret rouge très élégant sur lequel était gravé en latin "Codex vinorum" (Le code des vins). Le pape l'a ouvert et n'a pu retenir un sourire en découvrant à l'intérieur des bouteilles de Tokay millésimées."
( infocatho.cr.fr)
Que Sa Sainteté et Son Excellence se rassurent, je ne suis pas fâché de cet emprunt à ma marque, qui prouve que nous parlons un bon latin!
27 juin 2005: Primeurs 2004, la fin.
Hé oui, voici déjà la fin des primeurs 2004. La fin de la campagne. Et peut-être la fin des primeurs? Il s'est passé cette année quelques évènements inédits. Tout d'abord, Jean-Luc Thunevin a baissé de moitié le prix de Valandraud. Ensuite, les vins qui sont sortis l'ont été avec une réduction par rapport à l'an dernier. Ensuite, et c'est une primeure dans les primeurs, les prix des premiers crus ont explosé: le principe ancien qui faisait que les premiers crus se vendaient tous au même prix, à l'exception de Petrus et d'Ausone, a vécu: Cheval-Blanc et Latour sont officiellement en tête. Enfin, les prix ont baissé dès la campagne des primeurs: VinorumCodex a signalé une offre (de Grands Vins Français) soldant Lafite 2004 à un prix inférieur de 10% au tarif normal. Ce n'est pas rien. Ni habituel.
Alors que les primeurs 2003 sont toujours en vente, cette campagne décousue n'augure rient de très bon pour les millésimes à venir.
Voici maintenant les prix les plus élevés des vins de Bordeaux relevés par VX pour cette campagne. Il s'agit des offres des négociants envers les particuliers, ramenés à un tarif en euros TTC en supposant un taux de TVA inchangé jusqu'à la livraison. Entre parenthèses, le prix relevé au printemps 2004 pour le millésime 2003.
Le Pin: 430. Haut-Brion blanc: 239. Ausone: 221 (418). Cheval-Blanc: 190 (250). Yquem: 173 (251). Lafleur: 173 (180). Latour: 141. Margaux: 137. Bellevue Mondotte ( 2 hectares, à 90% merlot bien sûr, malos en barrique, propriété de Gérard Perse de Pavie): 137. Haut-Brion: 131 (239). Laville-Haut-Brion: 131 (131,50). Mouton-Rothschild: 125 (233). L'Extravagant de Doisy-Daëne en demi-bouteille: 119 (179). Lafite: 118 (239). Magrez Fombrauge: 112 (120). Valandraud: 107 (197). La Mondotte: 101 (215). Pavie: 98 ( 131,50). Tertre-Roteboeuf: 95 (95,60). La Mission Haut-Brion: 87 (101). Pavie-Decesse: 82. Angélus: 81 (113). La Fleur Morange: 81 (61).
Au cours de cette campagne, VinorumCodex a donné 770 liens vers des négociants ou des propriétaires proposant des primeurs 2004, en essayant de trouver le meilleur prix pour chaque vin. Sans doute plusieurs de ces cotes sont déjà obsolètes, les vins étant épuisés ou en seconde tranche. C'est cependant un outil de comparaison utile, des différences de prix de 20% étant courantes.Vous pourrez trouver une analyse fine des notes de qualité des Bordeaux sur le site de Bertrand Le Guern. Et une autre calculant le rapport qualité-prix sur Winemega. Pour savoir qi le prix de ces primeurs est une bonne affaire par rapport à leur cours en bouteilles, il faudra maintenant attendre trois ans. Et peut-être trois millésimes du siècle...
3 juin 2005: Point sur les primeurs 2004
Content, je suis!
Je n'aurais jamais pensé que ce petit plus apporté par VinorumCodex - à savoir des liens vers les meilleurs vendeurs recensés des primeurs 2004 - aurait autant de succés. Les visites sur VinorumCodex en sont la preuve. Plus, les négociants m'envoient des mails pour signaler qu'ils sont moins chers que le voisin.
J'ai reçu de nombreuses questions au sujet de ces cotations des primeurs. Je suis désolé de n'avoir pas pu répondre à tous, mais c'était le mois de mai. Or en mai, si l'on veut avoir quelque chose de correct à manger pendant l'été, il faut 1 préparer la terre 2 planter les patates un peu avant les Saints de glace 3 les butter quand elles sortent 4 repiquer les plants de salade 5 replanter les haricots que les mulots m'ont tout mangés 6 etc...
Voici donc une explication générique sur ces cotes:
Les cotes VX sont des estimations en vue de ventes aux enchères, en valeur d'adjudication hors frais retenus aux vendeurs et hors frais appliqués aux acheteurs, ce qu'on appelle dans notre métier un "prix marteau". D'expérience, on peut affirmer que c'est une bonne base de prix pour un vin vendu directement par un particulier à un autre particulier ou à un professionnel. Dés la conception de VX nous avons choisi cette cote qui nous semble bien plus claire qu'une cote "frais acheteurs inclus". Car cette dernière donne un prix variable de 10% selon les ventes; et 10% ce n'est pas négligeable.
La cote VX s'appuie sur un certain nombre de résultats de vente que je n'ose chiffrer (centaines de milliers ou millions?) relevés depuis 1990. A ma connaissance, il n'y a pas de base de données équivalente au monde ( entendre par là la planète Terre, j'ai peu d'informations récentes sur Vénus). Mais, comme tout le monde, je peux me tromper.
La cote VX donne "une estimation probable du prix d'adjudication en vente publique" de telle bouteille. Par extension, elle peut être prise comme étalon pour une vente de vin par un particulier: il n'y a alors pas de frais supplémentaires.
Mais, par exception, VX donne des cotes des vins primeurs. Pourquoi? Nous pensons qu'il est utile pour nos abonnés de connaître les prix de vente en primeur des vins, et de pouvoir les comparer aux cotes VX. Depuis le millésime 1990, près de 5.000 prix de vente en primeur ont été recensés sur VX. Ce service existe en direct pour la première fois en 2005. Quels en sont les résultats? Souvent la cote VX est inférieure au prix de vente en primeur. Cela ne veut pas dire qu'il ne fallait pas acheter de vins en primeur, car ceux-ci sont disponibles, alors que les cotes VX concernent des vins qui "peuvent être mis aux enchères".
Au 3 juin 2005, VX donne 728 liens vers des vins primeurs 2004. Chaque lien renvoie vers la meilleure offre que nous avons relevée pour ce vin. Bien sûr, nous ne pouvons pas prétendre connaître toutes les offres primeurs. Mais nous avons recensé honnêtement tout ce nous avons trouvé, sans aucun lien avec les fournisseurs, et sans aucune réception d'échantillon, parce que CX ne donne pas de note de qualité pour des vins qui n'ont pas encore été embouteillés. Certes nous avons goûté les Bordeaux 2004, mais ce n'est pas notre métier que de les commenter.
Reste que ces 700 liens vers des négociants ou des propriétaires proposant leurs 2004 en primeur devraient vous permettre de faire le meilleur Choix. Le meilleur choix n'est pas forcément le moins cher, mais le plus sûr .A vous de jouer!
Après tout, pourquoi taper sur les prix en primeur des vins du Languedoc pour le plaisir perfide de signaler qu'ils se vendront deux fois moins cher en salle des ventes? Nous sommes dans une économie de marché, et les acheteurs ont le droit de payer le prix qu'ils veulent. A ce propos, je signale que je voterai OUI à la Constitution Européenne. J'ai voté OUI à Maastricht en bon breton de base qui considère que tout ce qui le rapproche de Bruxelles l'éloigne de Paris. L'enjeu de cette constitution est important. Contrairement à ce qu'on lit et ce qu'on dit, la Constitution a un objectif politique: elle entend orienter les choix politiques des nations: car ses principes interdisent la constitution en Europe, où que ce soit, d'un état totalitaire, qui serait en contradiction avec le traité et se mettrait "hors-la-loi". parmi les partisans du NON, certains, pas tous, militent pour un état de ce type. Voilà pour la politique.
VinorumCodex propose à ce jour 320 liens vers les meilleurs fournisseurs recensés de primeurs 2004. Les grand Bordeaux se font attendre, et le climat général semble morose sans amélioration en fin de journée.
3 mai 2005: Château Patailley 2004
Une idée, en passant, comme ça. Lu sur le forum La Passion du Vin, que j'ai découvert ya que quatre mois, mais j'ai eu bien de la chance ce jour-là. Discussion sur les critiques des Bordeaux 2004, qui ne sont pas d'accord. Le millésime n'est pas facile, c'est sûr. Un intervenant écrit que "le scoop de Jean-Marc Quarin: Batailley est très bon cette année, est démenti par les autres dégustateurs."
Moi je suis bien content d'être d'accord avec Quarin, j'ai beaucoup aimé Batailley, un joli Pauillac dans un monde brutal. Au sujet des dégustations de l'Union des Grands Crus: c'est par ordre alphabétique. Batailley était, il me semble, le premier. D'expérience je sais que le premier est souvent mal noté, c'est pourquoi il faut y revenir en mileu de dégustation. Je me demande s'il ne serait pas mieux noté s'il s'appelait Patailley?
Et lu ça aussi, d'un viticulteur bordelais:
"Plus je viellis plus je trouve obscène de voir des vins notés. Quand vous allez voir un grand film est ce que vous vous dites j'ai vu un film qui vaut 15/20 ?(...) est-ce avec de tels tableaux qu'un amateur va se faire une opinion d'achat ? Si oui c'est uniquement pour spéculer, pas pour boire et déguster. A bas les notes, vive les commentaires de dégustation. "
Et la réponse d'un abonnés du forum:
"Votre remarque est certes pertinente, mais néanmoins vous ne m'empêcherez pas de penser qu'on nage ici en pleine ambiguïté. Bien entendu que le meilleur des mondes pour un amateur est de pouvoir goûter à tout ce qu'il achète et ne se fier qu'à son propre jugement. Le problème est que le Bordelais vend son vin en primeur, à un moment où, par définition, l'immense majorité des amateurs n'a pas un accès direct à l'objet de ses désirs. Je pense qu'on ne peut pas en même temps tirer profit depuis des années d'un système (obtenir à tout prix une bonne note en mai pour bien vendre son vin en primeur), et critiquer les compilations de notes qui permettent à l'amateur féru de chiffres (ce qui n'est pas mon cas) de recouper les informations venant des sources aussi diverses que nombreuses. "
Très bonne réponse à mon goût. Le système des primeurs pour les particuliers a d'abord consista à dire " Achetez maintenant, ce sera plus cher après", et c'était vrai. Puis à dire "Achetez maintenant, yen aura plus après", et c'était moyennement vrai. Aujourd'hui que dire à part: "Achetez maintenant!" ?
Traduction au vol:
La société Clarence Dillon S.A., propriétaire du Château Haut-Brion, annonce la création d'un vin différent, nouveau "Premium Wine" de Bordeaux appelé "Clarendelle".
Au début de 2005, 70 ans après l'acquisition du Château Haut-Brion par Clarence Dillon, son dirigeant le Prince Robert de Luxembourg ( époux de la petite-fille de Clarence Dillon) a annoncé la création de Clarence Dillon Wines. Il s'agit d'un négociant de Bordeaux dont l'objectif est la création et la vente d'un nouveau Premium Wine ( difficilement traduisible) qui prendra le nom de Clarendelle (aucun rapport avec la colombelle de nos comptoirs).
Clarendelle prendra son inspiration dans la qualité des vins du domaine, Haut-Brion, mais aussi La Mission Haut-Brion, et les deux vins blancs les plus réputés de Bordeaux ( le texte omet le mot "sec" mais il va de soi): Laville-Haut-Brion et Haut-Brion blanc. Bons augures pour Clarendelle, qui sera un mélange élégant des cépages traditionnels merlot, cabernet-sauvignon et cabernet-franc pour le rouge, sémillon et sauvignon pour le blanc. Cette nouvelle gamme sera officiellement présentée en juin 2005.
Voilà. Le prix prévu aux USA est de 25 à 30 dollars. Il s'agit donc d'un vin de cépages et non de terroir, à moins qu'on n'entende le Bordelais comme une terroir unique. Il sera intéressant de voir l'axe de communication qui sera suivi. Les premiers millésimes de Mouton-Cadet dans les années 30 annonçaient une filiation avec Mouton-Rothschild. C'était d'ailleurs du Pauillac. Puis c'est devenu du Médoc. Puis du Bordeaux. Mais il y a toujours cette confusion chez certains acheteurs, qui m'apportent du Mouton-Cadet à vendre en en espérant le prix d'un premier cru. Je suppose que Clarendelle prendra le pas inverse: "Il n'y a pas de Haut-Brion dans ce vin, mais c'est fait par la même équipe". Et le prix annoncé est inférieur à celui du Bahans-H-B. Ce n'est donc pas un troisième vin. L'avantage de ce type de production est bien sûr de s'affranchir de la délimitation du terroir et de faire le vin que l'on veut, et d'en faire un million de bouteilles si l'on veut.
Il n'y a pas de raisons qu'on ne trouve pas dans un avenir proche des vins vendus sur un créneau de prix important, autour de 50 dollars, et déclarés en vins de table français. Par exemple un assemblage cabernet-syrah, pour enfin apprécier dans un même verre le Rhône viril et la Gironde.
23 avril 2005: Vaste programme.
Vaste programme, en effet. Certes, VinorumCodex est peut-être la plus importante base d'estimation de vins au monde. Mais parfois je frémis devant tout le travail qu'il me reste à faire. Par exemple:
- Recensement des vins d'Alsace avec mention du taux de sucre résiduel. Autant il est normal que des VT ou des SGN soient des vins doux, autant je trouve curieux que, quand on achète des vins dits secs, on ait souvent affaire à des vins demi-secs. Septembre est donc toujours si chaud?
- Mention du taux alcoolémique des vins. Pourquoi? Parce que, mes anciens articles en témoignent, je suis d'une culture où le vin est habituel à table. Il doit donc être peu alcoolisé: un muscadet à 11,5° est aussi bon qu'un muscadet à 12,5°, surtout qu'on l'on sait qu'il a par exemple été récolté à 11° d'alcool potentiel, et que le reste vient de la chaptalisation. Plus le vin est fort, moins on en boit, et plus il s'éloigne de la table. J'ai donc décidé de signaler dans VX les vins qui me semblent hors de leurs normes. Les normes, c'est quoi? Un muscadet peut être très bon à 10,5°, j'en connais. Un cabernet-sauvignon, au-dessus de 13°, me semble suspect. Un Châteauneuf-du-Pape accommode l'alcool, mais à 14° est-il vraiment meilleur? Un sauternes qui titre 14,5° fait son travail. J'ai vu dernièrement un cabernet-sauvignon de Californie qui titrait 14,8° d'alcool. Je pense que c'est trop et inutile pour un vin sec. Si je veux du Porto, j'achète du Porto. Quand un critique s'extasie sur un vin hors normes "c'est du Porto!", qu'il goûte du Porto.
- Recensement des vins provenant de la culture biologique, et de ceus provenant de la culture biodynamique. Autant boire sain.
Liste à suivre...
21 avril 2005: Les primeurs, suite.
Reçu un rapport du Grand Jury Européen sur les primeurs 2004. On connaît depuis longtemps ces dégustateurs rigoureux. Quand ils disent Européen, c'est pas du bidon: les 7 dégustateurs viennent de 7 pays différents. Je retrouverai pour un prochain article un compte-rendu du GJE sur la question de savoir comment goûtent les dégustateurs de différents pays, c'était très intéressant. Le site, c'est www.grandjuryeuropeen.com.
Qu'est-ce qu'on y trouve? Du bon sens qu'on ne rappelle jamais assez. Je cite:
- Certains assemblages sont particulièrement "travaillés" pour ces dégustations.
- L'assemblage n'est souvent pas définitif.
Mais aussi le rappel que les vendanges se sont déroulé un bon mois plus tard que celles de 2003, et que, je cite in extenso car on ne peut pas mieux dire, "la période des "primeurs", que n'a pas su gérer la profession, se déroule en pleine prise de bois, avec des expressions tanniques pouvant dérouter plus d'un dégustateur." Quand est-ce qu'on lance une pétition pour reculer les dégustations des primeurs au mois de mai? ( En juin à Bordeaux, on crève de chaud...)
L'analyse du millésime sur la foi des échantillons de vins jeunes donne une année inégale, marquée par des rendements très élevés, avec des vins qui vont du très bon, plutôt mûr et riche, au pâle et végétal, cas de nombreux vins qui auront du mal à reprendre de la chair, en passant par des crus tanniques que le GJE rapproche de vins de 1975 "qui ne se sont jamais faits".
Bref une année classique pour Bordeaux. C'est-à-dire pas un millésime bodybuildé, mais un millésime au climat normal sous cette latitude "avec une fin d'été mouillée, un septembre splendide et de très belles journées de vendange en octobre...". Preuve de ce classicisme qui fait que Bordeaux est là pour produire les meilleurs Bordeaux, le commentaire sur les trois premiers de Pauillac, qui sont tout-à-fait conformes à ce qu'on attend d'eux: "Lafite fait dans la classe et l'élégance, Mouton dans l'exotisme et Latour est le plus complet." Le GJE privilégie les vins de cabernets ou les vins de la rive droite ou le cabernet est en dose importante.
Voici les 16 vins les mieux notés par le GJE: Latour, L'Eglise-Clinet, Ausone, Montrose, Pavie, Margaux, Le Pin, Cheval-Blanc, La Mondotte, Tertre-Roteboeuf, Valandraud, Las-Cases, Petrus, Mouton, Lafite, Cos d'Estournel.
Et les primeurs? Je cite: "2004 n'est pas un millésime d'achat en primeur. Le volume est là, les vins vont se faire: attendons sagement de les juger en bouteille."
Pas d'objection pour moi. Quand on voit que les primeurs 2003 sont encore en vente, et les 2002 aussi, et que 2004 est abondant, il est peu intéressant d'acheter des 2004 à 5% de moins que les 2003. Quoique... je n'ai pas goûté le Château de Sales 2004, dont les quelques notes que j'ai trouvées sont moyennes. Mais c'est généralement un Pomerol agréable et vite ouvert. Il sort aujourd'hui à 9 euros HT, soit 10,76 TTC, contre 14,40 l'année dernière. A francs constant, ça se situe entre son prix primeur du millésime 1994 et celui de 1995. Si cette offre était suivie d'autres similaires, la campagne pourrait être un succés, dans la mesure où elle serait une bonne affaire aussi pour les acheteurs.
18 avril 2005: Les primeurs d'il y a 20 ans.
Les primeurs de Bordeaux ne sortent pas vite, et Gruaud-Larose doit se sentir bien seul. Ce qui n'arrange pas les affaires de ce blog qui y est en grande partie consacré. Alors que faire?
- Botter en touche.
- Très bonne idée, merci. Pourquoi ne pas parler des primeurs d'il y a 20 ans? 20 ans, c'est long! Nous sommes en 1984 et Mitterrand est président. L'information sur le vin est réduite: la Revue du Vin de France, et pas grand-chose d'autre. Le Wine Advocate n'est pas traduit en français ( il l'a été, il ne l'est plus). Plus grave, il est impossible de consulter VinorumCodex pour 30 euros par an sur Internet, parce que:
1) L'euro n'existe pas.
2) Internet non plus.
3) VinorumCodex non plus.
Le millésime 1984 n'est pas très abondant, pas mûr et pas très bon sauf quelques cabernets, dont l'excellent Margaux dopé au vin de presse. Ausone n'embouteille pas son vin. La RVF le qualifie de "lugubre"! N'empêche, il faut bien vendre les Bordeaux. Alors on prend une décision courageuse: hausse massive des tarifs. Et ça marche! Les plus anciens d'entre nous se rappelleront que la même statégie avait été appliquée en 1894, avec le même succès.
Les 1985 sont dans l'ensemble très bons, avec quelques vins rouges exceptionnels dont: Certan de May, Cheval-Blanc, Cos d'Estournel, Haut-Brion, La Conseillante, Lafite, Lafleur, L'Eglise-Clinet, Léoville-las-Cases, Le Tertre-Roteboeuf, Margaux, Mouton-Rothschild, Petrus... Les vins sont très bons, et les prix baissent, c'est comme ça. La vente en primeur est encore en majorité l'affaire des professionnels. Les Sénéclauze vendent directement leur Marquis de terme à 83 Frs TTC. A Bordeaux, le Club Vinophile de Conseil vend déjà des primeurs...
Vient 1986, un vrai beau millésime bordelais avec des cabernets magnifiques. 20 cadors? Certan de May, Clerc-Milon, Cos d'Estournel, Grand-Puy-Lacoste, Gruaud-Larose, Lafite, Lafleur, Léoville-las-Cases, Lynch-Bages, Margaux, Montrose, Mouton-Rothschild, Pichon-Lalande, Petrus, Rausan-Ségla dont c'est le retour, Vieux Certan... et de grands liquoreux, Yquem bien sûr, et Climens, Coutet madame, Fargues, Lafaurie, Raymond-Lafon...
Les vins ne sont pas chers: Fieuzal à 85 Frs TTC., par exemple.
1987: votre serviteur, alors restaurateur, vend des primeurs. Année médiocre. Une sélection? Clinet, Margaux. Rausan-Ségla n'embouteille pas ses vins, ce qui lui fait plus de renommée que d'avoir réussi en 1986. Il a beaucoup plu au moment des récoltes. Beaucoup de vins ratés, et pas mal délicieux dès la mise, qui ont fait de parfaits vins de restaurant. Le négoce ne se bouscule pas pour les prendre, et on trouvera plus tard des crus classés à 49 Frs en grande surface, dont personne à Bordeaux n'avoue être le fournisseur. Je vois dans ce millésime l'origine des foires au vin.
Moi, je vends Cos à 95 Frs, Fieuzal à 53 Frs, Léoville-Barton à 67 Frs, Haut-Brion à 178 Frs, Margaux à 181 Frs, le tout hors taxes.
1988 est une bonne année classique, vendue un peu plus cher que 1986. Pas toujours: Fieuzal à 85 Frs TTC. 20 cadors? Certan de May, Chevalier, Lafite, Lafleur, La Fleur de Gay, La Mission-Haut-Brion, Larmande, Latour, L'Eglise-Clinet, Léoville-las-Cases, Le Tertre-Roteboeuf, Mouton-Rothschild, Petrus, Rausan-Ségla, Vieux Certan. Les Sauternes aussi sont plus chers, mais ils le méritent largement.
1989 est une année très chaude et sèche. Idéal pour les Sauternes. Les rouges sont très bons dans l'ensemble, avec des réussites exceptionnelles. 20 cadors? Ausone, Beauséjour-Bécot, Canon, Cheval-Blanc, Clinet, Cos d'Estournel, Gazin, Grand-Mayne, Figeac, Haut-Brion, La Conseillante, La Dominique, Lafite, Lafleur, La Mission-Haut-Brion, L'Angélus, Latour, Le Bon Pasteur, Léoville-las-cases, Le Pin, Le Tertre-Roteboeuf, L'Evangile, Lynch-Bages, Margaux, Montrose, Palmer, Petrus, Pichon-Baron, Pichon-Comtesse, Sociando-Mallet, Troplong-Mondot.
Les prix montent sacrément. Rapportés en euros et TTC, quelques prix de vente: les premiers crus à 63 euros, les super-seconds à 35-40... mais Barton à 15, Clerc-Milon à 14, Larmande à 13, Gloria à 12, Marquis de Terme à 11, Lafon-Rochet à 10, Brillette à 9, Camensac à 8, Fourcas-Dupré à 7, Potensac, hé oui, à 6, Patache d'Aux à 5...
C'est depuis le millésime 1989 que VinorumCodex donne les prix de vente en primeur. Pour 1989, 142 prix primeurs. Pour une base 100 au printemps 1990, l'indice en 2005 est de 237.
1990: troisième grand millésime consécutif en sauternais. De grands vins rouges, riches, mais peu acides et dont beaucoup ont fatigué. 20 cadors? Ausone, Beau-Séjour Bécot, Beauséjour-Duffau, Canon, Canon-La-Gaffelière, Certan de May, Cheval-Blanc, Clinet, Clos Fourtet, Cos d'Estournel, Figeac, Gazin, Grand-Puy-Lacoste, Gruaud-Larose, Haut-Brion, La Conseillante, La Dominique, Lafite, Lafleur, La Mission Haut-Brion, L'Angélus, Latour, Le Bon Pasteur, Léoville-Barton, Léoville-las-Cases, Léoville-Poyferré, Le Pin, Le Tertre-Roteboeuf, L'Evangile, Lynch-Bages, Magdelaine, Montrose, Mouton-Rothschild, Pape-Clément, Pavie, Petrus, Pichon-Baron, Rausan-Ségla, Saint-Pierre, Sociando-Mallet, Troplong-Mondot, Vieux Certan... ça fait déjà une grosse vingtaine.
C'est vraiment l'année où acheter du vin en primeur. Belle qualité, donc les prix baissent, d'autant que la récolte est abondante. On peut toucher les premiers crus à 50 euros TTC, et Vieux Certan à 30, Palmer à 25, Magdelaine à 20, L'Angélus à 19, Beychevelle à 18, Les Forts de Latour à 17, Calon-Ségur à 16, Beau-Séjour Bécot à 15, Barton à 14, Soutard à 13, Sociando-Mallet à 12, Gloria à 10, Poujeaux à 9, Roc de Cambes à 8, Potensac à 7, Camensac à 6, et Beaumont à 5... A 19 euros, c'eût été une bonne idée que de prendre du Montrose.
Voici comme ci-dessus l'indice des 1990 dont nous avons un prix primeur sur VinorumCodex. Sur 148 vins cotés, et une base 100 au printemps 1991, l'indice en 2005 est de 292, ce qui fait une belle plus-value qui cache des écarts de 1 à 10 sur certains vins.
Si les primeurs de Bordeaux ne sortent pas rapidement, je commenterai la décennie 1990 dans une prochaine rubrique.
16 avril 2005: A commander: J'attends mes primeurs, J'élève mes primeurs.
Ces deux nouveaux ouvrages pratiques et disponibles en souscription, publiés par deux éditeurs différents, mettent en lumière les caractéristiques profondes de l'acte de conclure une "transaction" en primeur. Une "transe-action" en effet, car cet acte est à la fois une action au sens kantien du terme ( quoique...), j'agis, j'évolue, je me construit en construisant ma cave, et une transe, où l'on trouve autant la peur de manquer, la ruée pour être-le-premier-servi ( comme à la cantine), un état second qui nous entraîne loin du rationnel, qu'une danse propriatoire exécutée à l'intention de celui qui peut satisfaire le voeu ( en l'occurence, le propriétaire de Pomerol).
Dans J'attends mes primeurs, tout découle du début: avant il n'y a rien, pas de souvenirs, que des bruits confus. La gestation du millésime, on le sait, obéit à des règles assez générales. Pour l'acheteur, se succèdent dans l'ordre la météorologie de l'année dont il n'a qu'une vague idée - les premières revues de presse annonçant "qu'on a vendangé les Graves blancs en août" - puis vers novembre l'annonce par la presse généraliste d'un millésime exceptionnel, voire jamais vu depuis 1893 - enfin en mars quelques signes annonçant qu'il y aura des dégustations en avril. Tout cela ne sont que des prémices.
La conception des primeurs aura lieu dans un savant ballet, d'avril à juin. C'est là qu'intervient la transe dont nous parlons plus haut. Elle tient au concept de "prime-heure": si je ne suis pas sur les rangs à la prime heure, ce sera trop tard tout-à-l'heure. Mais la prime-heure n'annonce pas son heure. D'où cette angoisse permanente de l'attente. D'où cette veille permanente de l'intellect, source de névroses et d'insomnies.
L'achat effectué, l'angoisse devrait normalement retomber. Il n'en est rien: d'autres questions viennent se rajouter aux questions: serai-je livré? Est-ce que j'ai fait des économies? Est-ce que le vin sera bon? Est-ce qu'il sera moins cher en FAV (Nous n'avons malheureusement pas pu découvrir la signification de ce sigle réservé aux initiés)?
D'autant plus que la structure linéaire du système des primeurs se complique depuis quelques années d'une superposition de couches qui accroît l'anxiété. En témoigne ce discours relevé dans le cabinet d'un primanalyste réputé:
"Je ne sais plus quoi faire. Tout me dit que je dois acheter des 2004, bien que les vins soient chers et le millésime moyen; tout - car il faut que j'achète des primeurs chaque année. En même temps, quand je vois que Cheval-Blanc 2003 est encore en vente primeur avec une augmentation négligeable, j'ai bien envie d'en prendre; je n'en avais pas pris l'année dernière, car je trouvais ça trop cher. Mais c'est peut-être un meilleur rapport qualité-prix que les 2002, bien que ça soit bien plus cher que les 2001 de l'hyper d'en face. Je pensais financer les 2004 en revendant un peu de 2000, mais ils valent la moitié d'en primeur, on dirait des 1997!..." etc,etc... Une logghorée préoccupante et qui touche de plus en plus de patients, à laquelle le thérapeute ne peut pour l'instant apporter qu'une écoute attentive, sans proposer de solution.
J'attends mes primeurs, Editions de l'Expectative, 120 pages, présenté en coffret bois. Livraison au premier semestre 2007. Tarif de souscription: jusqu'au 30 juillet 2005: 30 euros. Du 30 juillet 2005 au 30 juillet 2006: 35 euros. Du 30 juillet au 31 décembre 2006: 40 euros. En librairie début 2007: 20 euros.
J'élève mes primeurs est un ouvrage sensiblement différent, s'il aborde le même processus. On peut le lire comme un thriller où se succèdent les coups de théâtre. L'objet psychanalityque repose sur la fixation. On connaît depuis Freud le caractère de la fixation. Il s'agit ici de la fixation des prix de sortie des primeurs, selon un process complexe où l'affirmation de l'ego tient une part dominante. "Si mon prix est bon, je vends bien mon vin et je suis considéré; si mon prix est trop élevé, je ne vends rien; si mon prix est trop faible, les voisins se foutent de moi". L'enjeu est vital. Le "prix-meurt" ne donne qu'une seule chance. Sa fixation obéit autant à la logique qu'à l'intuition.
Ensuite, c'est l'élevage proprement dit. Pour ça, on fait comme d'habitude.
J'élève mes primeurs, collectif, Fédération de l'Agriculture et de l'Elevage, 12 pages, présenté en coffret bois. Livraison au premier semestre 2007. Tarif de souscription jusqu'au 30 juillet 2005: 30 euros. Sera sûrement épuisé ensuite.
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11 avril 2005, 21.35 PM Primeurs 2004
Bon, les primeurs 2004. Les premiers prix sortent, avec Valandraud à 50% de l'année dernière. Jean-Luc Thunevin me dit que, quand on vend son vin cher, on peut bien le vendre beaucoup mois cher; d'autant que la récolte est importante. Qu'est-ce que j'en pense? J'aime bien aller goûter les primeurs chaque année. Cela permet de visiter des châteaux qui se mettent en quatre pour recevoir les 6000 visiteurs ou plus. J'ai pu cette année apprécier l'efficacité à Clarke, la sérénité de Gruaud-Larose, la beauté de L'Evangile, la générosité de La Couspaude, etc... Certes les traiteurs servent toujours la même chose, mais c'est gratuit.
Mais, je le confesse, je n'ai pas la capacité pour juger de l'avenir d'un vin à partir de son état après quelques mois de barrique. Certains vins n'avaient pas terminé leurs malos. Il est sûr que les maîtres de chai et les viticulteurs, qui sont nombreux à ces dégustations, sont les mieux à même de savoir l'avenir d'un vin, même un autre que le leur.C'est un millésime qui donnera sûrement de très bonnes bouteilles, mais souvent dans un corps modeste qui les rendra vite agréable. Les années en demi-teinte à Bordeaux peuvent vieillir avec beaucoup d’élégance, mais il est tôt pour savoir quoi conseiller ; VX ne publie de notes que sur les vins embouteillés.
Des vins rouges présentés à l’Union n’avaient pas fini leurs fermentations malolactiques. Beaucoup ont préféré ne pas présenter leurs vins. Une fois de plus la spirale infernale se referme sur Bordeaux :
« Mes vins ne sont pas prêts.
- Si tu ne les présentes pas, tu ne les vendras pas. »
Les dégustations se font trop tôt, tout le monde le sait. A qui la faute ? Le Must est de passer dans les propriétés avant, pour publier ses critiques avant tout le monde. Les critiques publiées semblent préférer le cabernet-sauvignon. Pour une fois, nous trouvons qu’il y a de très bons merlots. Le secteur sud de Pomerol semble particulièrement réussi. Au passage, quelques crus qui nous ont beaucoup plu : Troplong-Mondot, Figeac, Virginie de Valandraud dans la tradition de l’appellation, L’Evangile, La Conseillante, Clinet, La Pointe, Pape-Clément, Chevalier, Haut-Bailly, Fieuzal, Malartic-Lagravière, Lynch-Bages, Pichon-Baron, Langoa-Barton, La Lagune, Poujeaux, Gruaud-Larose. Les Graves blancs sont simples, mais présentés à un mauvais moment. Fieuzal et Chevalier ont beaucoup plu, ce n’est pas une grande surprise. Les Sauternes donnent de belles bouteilles pures, d’une liqueur moyenne, avec mention à Guiraud beau et masculin, et Coutet, Malle, Rieussec…Vous en lirez plus chez les critiques professionnels.
Côté prix, les toutes premières sorties sont presque au tarif de 2003. Valandraud a donné le ton en sortant à la moitié du tarif de l’année dernière, il n’est pas sûr qu’il soit suivi. La précédente News vous a annoncé le nouveau service de VinorumCodex : nous suivrons la campagne des primeurs en donnant pour chaque vin en vente le meilleur prix que nous avons trouvé ou qui nous a été signalé par le producteur. Pour consulter ces tarifs, tapez dans le champ Recherche 2004 et le nom du cru, ou de l’appellation, ou de la région. VX recense actuellement 125 crus de 2004. L’expérience de 2003, menée avant l’ouverture de la base de données, laisse à penser que nous dépasserons les 800 références pour 2004. En ce qui concerne le millésime 2003, année très chaude qui a produit de très grands vins et d’autres qui seront des 1976, nous rappelons que beaucoup de crus sont encore en vente en « vieilles » primeurs au même tarif que l’an passé….
Ce blogue veut être le pendant au souci extrême de rigueur qui nous anime dans la tenue de la base de données VinorumCodex.com. L'importance de VinorumCodex nous oblige à être très concis dans nos commentaires. Le caractère d'argus nous interdit la rigolade. D'où ce blogue qui permettra de faire passer des informations moins officielles. Par souci extrême d’information sur les années 1990 ( lire « paresse »), il reprendra un certain nombre d’articles ou de billets d’humeur d’Enchères et en Vins, ce qui en fait en passant le plus ancien blogue du monde.
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7 avril 2005, 07.45 H AM. COMMENT SERA ECRIT CE BLOG ?
Je ne sais pas encore. Il sera essentiellement consacré à mon métier d'expert en vins, et pas seulement au millésime 2004 à Bordeaux, pour des raisons évidentes d'intérêt. Nous sommes en 2005 et ma fille a un nouveau Blog et m'a promis qu'elle me le montrerait. Mais nous n'avons pas les mêmes goûts. J'ai pensé pomper un peu d'esprit sur le Blog de deux grands journalistes du vin convertis à Internet. Mais leur Blog est en construction. Est-ce une allusion subtile à mon second métier de couvreur-zingueur? Je devrai donc faire mon Blog tout seul. J'ai pensé qu'il serait bon de commencer par reproduire quelques articles d'Enchères et en Vin, afin de remplir les pages et d'assurer mon antériorité sur tous ces Blogs dont on me dit qu'ils existent.
Alors j'ai fouillé dans mes archives. Enchères et en Vin, c’est quoi ? A la vérité, c’est très peu de choses : une petite lettre d’information à l’emblème d’une bécasse portant une grappe de raisins, publiée épisodiquement à partir de 1993. C’était tapé à la machine n’importe comment et je suis parfois ahuri en les regardant de la petitesse de l’écriture. Ca donnait des cotes de vins, avec l’échelle de notation que vous connaissez et que je testais alors. Je l’ai testée pendant 11 ans. Le temps… d’en être sûr, le temps de la reproduire, le temps de maîtriser un ordinateur ( 1995, Macintosh en noir et blanc, mémoire infinitésimale, souris absente et prix faramineux), le temps enfin de maîtriser Internet ( 1999, les premiers catalogues de vins sur Internet, quinze jours et nuit pour un résultat que j’ai tenu à conserver en ligne pour les anthropologues, www.vins-encheres.com, 4 couleurs au choix), le temps d’en faire la pub… et le temps est venu, où je ne l’aimais plus.) Parmi ma petite centaine d’abonnés, il y avait des vignerons et des propriétaires prestigieux (des premiers crus !) et assez intéressés pour m’envoyer chaque année leur chèque de 100 francs français. Que ne les ais-je encadrés ! La parution s'est interrompue brusquement, faute de temps de ma part, et mes abonnés ne s'en sont remis que grâce à une cellule d'aide psychologique
7 avril 2005, 06.45 H AM. C'est reparti
Et voilà, c'est reparti. Après une brève interruption de dix ans due à des circonstances absolument dépendantes de ma volonté, ou de mon absence de volonté, ce merveilleux Media qu'était Enchères et en Vins renaît enfin. Pourquoi ?
1). Parce que tout le monde fait un Blog. Pour les cadres supérieurs, c'est devenu une nécessité encouragée par la direction : moins cher que le raid Gauloises des années 80 ( on ne fume plus), moins dangereux que le saut à l'élastique des années 90 ( on ne saute plus, même protégé), le Blog est le meilleur exutoire à l'ennui du bureau, le meilleur moyen d'exprimer sa créativité sans emm… les éditeurs ( quoique je reste ouvert à toute proposition décente), et enfin un moyen de délation soft et encouragé par la direction.
2). Prce que ce merveilleux medi qu'étit Enchères et en Vins mnque. Ps seulement à ce fidèle lecteur qu'étit Jen-Luc T. de Sint-Em. ( l décence nous oblige à tire les noms des lecteurs illustres ou non), mis ussi ? plusieurs unités d'bonnés fidèles ? cette lettre d'informtion que j'imprimis lborieusement sur une photocopieuse pour étudints après l'voir tpée sur m vielle mchine ? écrire où mnquit la lettre ? parce que Pérec vit écrit dessus uprvnt . Certes ce n'étit ps le Wine dvoct, mis c'étit mrrnt qund même.
3). Parce que tout le monde fait un Blog. Ma fille a fait son Blog en 2002, avant tout le monde, mais elle avait l'excuse d'avoir 11 ans, et il surpasse largement tout ce qui a suivi. D'ailleurs, tout Blog est censé être le meilleur, en sa discipline, qui est censé être universelle. Vous avez un travail ? Faîtes-le savoir par un Blog. Vous n'avez plus de travail ? Faites-le savoir par un Blog. Vous voulez dire votre opinion ? Faites-le savoir par un Blog. Vous êtes ancien journaliste en mal de papier ? Faites un blog. Vous voulez annoncer une révélation, par exemple que " 2004 est à Bordeaux le millésime du siècle* " ? Ecrivez-le dans votre Blog.
* par la quantité.
4). Pour parler de soi. Tout le monde a droit à un quart-d'heure de célébrité, a dit je ne sais plus qui. Pourquoi pas moi ? Je suis moi aussi capable d'écrire pendant des heures sur mes rosiers et sur mon chien, qui s'appelle P. et est mieux élevé que la plupart des chiens acteurs dans Mondovino. La pudeur et l'élégance sont finalement peu rentables.
5). Pour l'argent. Je viens de recevoir le chèque de mes droits d'auteur pour l'année 2004. Contrairement au millésime à Bordeaux, c'est plus intéressant en qualité qu'en quantité. C'est en tous cas inférieur aux besoins de ma famille et aux ambitions de ma cave personnelles. C'est totalement insuffisant pour m'accorder deux jours de chasse par semaine. De plus, mon activité d'expert en vins du Grand Ouest est limitée par le rayon d'action de mon véhicule et la quantité de vins proposés aux enchères par an. En outre, j'arrive à un âge où il est bon de recycler ses œuvres de jeunesse, l'inspiration se faisant rare. Par ailleurs, mes bons amis me disent que " tu devrais écrire un livre ", considérant que les deux douzaines que j'ai signés sont un entraînement. Il est vrai qu'ils pensent à un roman, et ça, c'est pas facile, à moins d'être doué ou journaliste ou déjà connu pour autre chose, ou sportif de haut niveau.
De plus, ne pas oublier que le but ultime de ce Blog est d'attirer des abonnés à www.VinorumCodex.com, qui est la plus grande base d'estimations de vins au monde, et dont ce Blog sera le pendant exutoire du sérieux absolu ( 30 euros par an).
Les articles anciens sont extraits soit de la revue Enchères et en Vin, soit du site vins-encheres.com
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POURQUOI LA NOTATION VINORUMCODEX ?
Par Gilles du Pontavice, expert en vins.
La notation VinorumCodex est un système qui combine une note par lettres de A à E et un nombre de lettres variant de 1 à 5. Par le panachage des lettres, ce système permet 86 combinaisons différentes. Chaque réponse sur VinorumCodex.com, donne la combinaison de lettres et son commentaire. J'ai imaginé ce système en 1993 quand j'ai commencé à éditer une petite lettre d'information appelée Enchères et en Vins, qui a finalement donné naissance à la base de données VinorumCodex.
La raison était que je n'étais pas satisfait des deux systèmes de cotation existant. Le premier est un système par étoiles, utilisé notamment par le Master of Wine anglais Michael Broadbent, qui permet une vingtaine de cotations différentes. Le second est une cotation en points sur une échelle de 100 points, utilisé notamment par le magazine américain Wine Spectator et par le critique américain Robert Parker dans son magazine The Wine Advocat, qui permet une trentaine de cotations différentes.
L'objet de cet article est de faire une analyse de chacun de ces systèmes. Il a été écrit avant la sortie du film Mondovino. Les exemples pratiques sont tirés de deux ouvrages emblématiques : Le livre des millésimes, Les grands vins de France, de Michael Broadbent, Editions Scala, 1993. Le Guide Parker des vins de France, de Robert Parker, Solar, 2001. Pour m'en tenir à des ouvrages que le lecteur français peut trouver, j'ai utilisé ces deux ouvrages dans leur traduction française. Même si les auteurs restent responsables des traductions, l'utilisation des versions françaises doit nous rendre indulgents envers l'indigence possible du texte. Ces deux ouvrages ne parlent que des vins français, ce qui est bien sûr réducteur. Pour gagner en concision, j'utiliserai parfois dans cet article les abréviations MB et RP pour désigner ces deux grands écrivains du vin.
Michael Broadbent est aujourd'hui un vieux monsieur. J'ai été fier de lui dédicacer un de mes livres, il s'en fout sans doute, mais ce n'est pas grave,sa femme y a sans doute trouvé une bonne recette de cuisinre. Anglais, parfait gentleman, il a acquis sa notoriété en dirigeant le département Vins de la maison de ventes Christie's à Londres et un peu partout dans le monde. Il est aussi francophile : " J'admire les Français, leur goût, leur indépendance intellectuelle, leur gastronomie et par-dessus tout, leurs vins ".
Robert Parker est avocat. Passionné de vin, il a lancé une lettre d'information qui a connu un grand succès et donné lieu à de nombreux ouvrages. Il est aussi francophile. Il va de soi que, personnellement, je me sens plus proche de Monsieur Broadbent que j'admire, que de Monsieur Parker que je respecte. Le métier d'expert consiste à pouvoir donner une estimation de prix pour n'importe quel vin en bouteille, et si possible une estimation de la qualité. Le métier de critique exercé par RP s'inscrit dans une logique consumériste et donne des conseils d'achats et de consommation des vins. L'expert est historien, le critique suit d'abord une actualité.
Je suis expert en vins depuis 1990. Voici maintenant une analyse de ces deux ouvrages.
INTRODUCTION
L'introduction de Broadbent est courte : quelques phrases sur son amour du vin, la notion de millésime mise au centre du propos, le système de notation, la dégustation. L'introduction de Parker est un peu plus longue. Elle donne le plan de l'ouvrage, décrit le système de notation, explique la déontologie du critique : indépendance, avec une référence à l'éternel candidat à la présidence des USA Ralph Nader, courage, expérience, responsabilité, franchise.
COTATION DES VINS
C'est indéniable, une note de qualité d'un vin, quelle qu'elle soit, est réductrice : d'une part, elle est établie à un instant de la vie de ce vin, qui est né, vit et mourra ; d'autre part elle est personnelle, ou tout au plus issue d'un groupe de dégustateurs, et non scientifique. Tant mieux ! C'est ce qui permet de classer les grands vins au rang des oeuvres d'art, et non au sein de la production agricole de qualité, ce qu'ils sont à leur fabrication. Cette dimension spirituelle du vin n'échappe pas à nos deux auteurs :
" Les vins sont comme les êtres humains, variables à l'infini, fascinants à l'extrême ". MB
" (...) les grands vins, comme la grande musique ou la peinture de haut vol, font l'unanimité, même s'il est pratiquement impossible d'en donner une définition précise ". RP
Comme tous les amateurs, nos deux critiques ont une haute idée du vin. Pour Robert Parker, c'est un produit de l'activité humaine parmi les plus nobles. Pour Michael Broadbent, c'est quasiment un être vivant. Ce produit, reste à en donner connaissance. Le discours sur le vin a considérablement évolué au XX° siècle. Très timide au XIX° siècle, il donnait seulement quelques indications générales. Il est aujourd'hui pléthorique, et nous en donnerons quelques exemples. Mais aucun media donnant une critique des vins ne saurait aujourd'hui se passer d'une synthèse, d'une qualité résumée en quelques caractères typographiques. On peut le regretter, mais c'est ainsi.
Voici donc les raisons pour lesquelles MB et RP ont choisi le leur. MB utilise dans ses dégustations une grille chiffrée : " (...) sur 20 : 3 points pour l'aspect, 7 pour le nez, 10 pour la bouche et l'impression d'ensemble ". Il complète cette note sèche par des impressions écrites dans de petits carnets. Il pense que l'erreur est humaine et " les variations infinies ". Il a donc gardé pour lui ses chiffres et donne comme notes des étoiles, de 0 à 5, de mauvais à exceptionnel. L'espérance de vie d'un vin est indiquée par la mise entre parenthèses d'étoiles, ainsi : ***(**) est traduit par : " pas encore complètement épanoui, mais déjà agréable à boire. Sera sans doute exceptionnel à terme ". Sitôt annoncée cette notation simplifiée, MB semble regretter sa sécheresse, et rajoute souvent un commentaire.
RP utilise dans ses dégustations une note chiffrée élaborée d'une façon plus complexe. Chaque vin existant se voit attribuer 50 points, plus : - une note sur 5 points pour la couleur et l'apparence ( " puisque, aujourd'hui, la plupart des vins sont bien vinifiés (...), la plupart obtiennent 4 ou même 5 points). - une note sur 15 points pour le bouquet. - une note sur 20 points pour les sensations et la finale en bouche. -une note sur 10 points pour l'impression d'ensemble et l'aptitude au bon vieillissement. Le classement des vins est fait selon une grille de 50 à 100 points. Plus de 95 points, le vin est qualifié d'extraordinaire. De 90 à 95 points, ce sont d'excellents vins. De 80 à 89 points, ce sont des très bons vins, surtout de 85 à 89 points. RP ajoute " j'en ai plusieurs dans ma cave personnelle ". De 70 à 79 points, les vins sont de niveau moyen. En-dessous de 70 points sont les vins de qualité insuffisante.
J'ai passé des années à réfléchir sur les systèmes de cotation. Je ne suis sans doute pas le seul, mais une formation de sociologue avec option statistique m'a amené à m'interroger sur le sens de ces systèmes. La première remarque que je me suis faite et qui n'a pas varié est que le chiffre aujourd'hui l'emporte toujours sur la lettre, et encore plus sur l'étoile, à l'exception notable du guide Michelin. Pourquoi ? Nous vivons dans un monde de chiffres. La capacité de réussite d'un sport se mesure à sa capacité à produire du chiffre. Classements intermédiaires, statistiques, chiffres des salaires ont grandement contribué à la réussite du football, alors que le rugby se contentait de poules, de l'anonymat des marqueurs et de la joie de jouer. C'est ainsi. Je pense donc que la notation par chiffres est la plus populaire et la plus demandée, c'est pourquoi j'ai choisi en ce qui me concerne une notation par lettres.
Et le chiffre, qu'en pense Michael Broadbent ? La réponse est cruelle : " Le système de notation sur 100 points qui a été adopté récemment par un certain nombre d'auteurs et de journalistes n'est pas satisfaisant. Il n'est pas honnête, c'est certain, mais de plus, il juge comme s'il était possible de travailler dans des conditions hypothétiquement pures, objectives et toujours identiques ". " Il n'est pas honnête, c'est certain, mais... " est une phrase qui m'a transformé en fan absolu de Monsieur Broadbent, même si j'aime souvent des vins qu'il n'aime pas, ou l'inverse. Robert Parker n'est pas de cet avis. Il prévient de façon assidue le lecteur que les notes ne sont pas tout. Cependant " elles permettent au lecteur de juger de la manière dont un critique professionnel classe le vin parmi ses pairs ".
Dans des ouvrages plus anciens, RP précisait : " Quelle est la différence entre deux vins, tous deux très bons, notés respectivement 86 et 87 ? La réponse est simple : on s'aperçoit, en les dégustant côte à côte, que le vin noté 87 est légèrement meilleur que l'autre ". Il pose ainsi une question importante pour cet article : qu'est-ce qu'un vin meilleur qu'un autre ? est-ce qu'on peut déguster un Muscadet 87 à côté d'un Pauillac 86 et trouver l'un meilleur que l'autre ? La première réponse, découlant de ce qui est plus haut, est que cela dépend du statut que l'on accorde au vin. Est-ce une production agricole dont on peut classer la qualité ? Est-ce une oeuvre d'art qu'on peut coter sur une échelle ? Il est temps de parler dégustation.
DEGUSTATION DES VINS
Le vin n'est pas nécessaire à la vie des hommes, mais ils s'en passent difficilement. Il a une longue histoire. Il est lié au pouvoir, à la religion, à l'argent. Avant le terroir, c'est la politique qui a décidé où l'on produisait du bon vin. Le goût du vin a beaucoup évolué. La dégustation a pris beaucoup d'ampleur depuis cinquante ans. Dans la mimique d'un vigneron goûtant le vin se trouvaient sans doute les dix lignes de commentaire qu'on en tire aujourd'hui, mais cela n'était pas transmissible hors d'un cercle d'initiés. L'Art de faire le vin s'est doublé de L'art de parler du vin. Et pour cela, il faut le déguster. Expert de l'une des deux grandes maisons de ventes publiques au monde, Michael Broadbent a eu l'occasion de déguster d'innombrables bouteilles. Il précise qu'il n'est pas un stakanoviste de la dégustation, car " ce n'est pas mon occupation principale ". C'est dans le texte qu'on découvre les circonstances des dégustations. Elles souvent drôles, car MB est un auteur plein d'humour. " dégusté au Château... à l'exceptionnelle dégustation de Lafite de X... avant une vente... à un déjeuner... à un dîner... en compagnie de jeunes sommeliers... ". Les rapports avec les propriétaires ou les négociants sont souvent relatés, parfois aussi le plat qui accompagnait le vin. MB précise dans son livre que les commentaires de dégustation " que vous lirez correspondent exactement à ce que j'ai écrit au moment de la dégustation ", alors que les notations par étoiles ont été faites ultérieurement. Même si l'on est le premier expert au monde, goûter le vin coûte cher, en achats de bouteilles, en déplacements, en temps. MB tire une bonne partie de ses commentaires, surtout sur les millésimes anciens, de dégustations géantes organisées par des amateurs fortunés. Dans son credo de l'introduction, il écrit qu'il boit du vin tous les jours, à tous les repas sauf le petit déjeuner : " mes amis le savent ". Michael Broadbent a beaucoup d'amis.
Robert Parker est un critique indépendant. Son honnêteté n'est pas contestée. Avocat du vin, il en est aussi juge :" le rôle du critique est de prononcer des jugements fiables ", écrit-il. RP insiste sur la responsabilité du critique qui doit respecter une stricte déontologie, n'accepter jamais le voyage offert ou l'hospitalité, et acheter la majorité des vins qu'il goûte. Il goûte seul : " J'estime que ( les commentaires de dégustation) émis par le consensus d'une commission sont les plus insipides et les plus trompeurs ". " Les collégialités apprécient rarement les vins de caractère ". Quand RP vient à Bordeaux goûter les vins primeurs, nous, experts ou négociants, ne le voyons pas. On lui porte les échantillons dans son hôtel. Il n'est pas facile de faire goûter ses vins par Robert Parker si l'on est un petit producteur.
IL n'y a pas de suite, car la suite serait un roman, et, comme l'a dit Scott Fitzelald, "on peut écrire une nouyevlle en sifflant une bouteille, mais pour un roman...
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??? en 2000: Pour Robert Parker
Cette fois-ci, ça explose. Il y a près de dix ans que des propriétaires bordelais- et non des moindres- me parlaient de Robert Parker comme "l'homme à abattre" ( considérant sans doute que l'on doit combattre l'adversaire avec les armes usuelles de son pays).
Il y a longtemps que, dans le métier que j'exerce et qui consiste à prévoir le prix de vente probable d'un vin, je considère les notes de M. Robert Parker comme des mercuriales anticipées, puisqu'elles ont une influence directe sur les prix de vente.
Il y a quelques années que j'ai renoncé à chercher à convaincre mes plus fortunés acheteurs que les grands vins devaient être gardés quelques années en cave avant de mériter les notes qui leur sont attribuées.
Et aussi que, par souci de déontologie, j'ai renonçé à vendre des Bordeaux en Primeurs en usant des possibilités multiples de connaître les notes de Robert Parker avant leur publication.
La chasse est lancée. Non sans arguments valables: mais ces arguments sont des aveux de faiblesse: les commentaires, revendiqués comme tels, d'un seul homme, fût-il ancien avocat, ont réussi à influencer le faire du vin, son appréhension, et même sa place sur la table.
Quand monsieur Charmolüe, dont le Montrose 1990 a connu un destin imprévu par suite d'une note très laudative, s'insurge contre le traitement que Robert Parker réserve à son 1999, on comprend l'amertume d'un viticulteur qui a fait du mieux qu'il a pu avec ce que la nature lui a donné.
Mais le consumérisme que nous apporte l'Amérique n'a que faire du climat: seul compte le résultat.
Monsieur Parker est un grand amateur de vin. Vous préfèreriez être notés par un fonds de pension qui vous donnerait des critères de rendement optimal ?.
Quand monsieur Jean-François Moueix juge utile de défendre Robert parker dans une lettre ouverte, c'est l'homme honorable qu'il défend, et non les cotations. Les cotations sont ce qu'elles sont: l'expression de l'appréciation d'un dégustateur, un bon, parmi d'autres. Mettre en doute l'honnêteté de ces cotations est peu correct.
M. Parker goûte beaucoup et note selon son goût, comme moi, toi, et beaucoup d'autres. Certes, il a - mais il le revendique- un goût particulier, qui lui fait préférer les vins puissants et fruités et l'enclint à attribuer des notes très, très élevées à des vins californiens qui nous semblent trop faciles.
Certes, il se préoccupe peu, en bon anglo-saxon, de la disposition des vins à être bus à une bonne table, ce qui est un travers bien latin.
Mais enfin ! Que cet homme goûte les vins et les note, c'est bien son droit !
Que ses ouvrages, qui sont les mieux composés ( et distribués) soient achetés, c'est une preuve de l'intérêt de ses lecteurs. Seul un américain pouvait écrire ces écrits qui sont à la fois la Bible et le Reader's Digest.
Le procès de l'avocat Parker ne fait que commencer:
y défileront des témoins à charge: "- depuis vingt ans, jamais plus de 80"
des témoins à décharges: "-jamais moins de 88, un honnête homme, monsieur le Président"...
Et peut-être qu'en fin d'audience un avocat des parties civiles posera la seule question qui vaille: " - Mais, vous qui critiquez, et dites à juste titre qu'on ne peut juger sereinement un vin qui n'est même pas fini (...), qu'est-ce qui vous oblige à vous plier à ces dégustations de nouveaux-nés ? L'argent ? Vous en avez. L'envie de faire plaisir à la Place ? Elle achète et revend aussitôt vos produits. Le plaisir d'être dans le coup ? Il n'est pas loin du couperet.
Et il poursuivra: Ce monsieur Parker, vous lui reprochez d'avoir médiocrement noté vos vins ? Des vins que vous lui avez vous-même donné à goûter, par libre choix ! Et en plus vous vous plaignez !"
Argument imparable s'il en est. On ne crache pas dans la bouillie bordelaise. Pour en revenir à monsieur Robert Parker, son influence est la conséquence des privilèges que lui accordent les châteaux de Bordeaux.
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Novembre 1999: encore Valandraud
Un vieux client a bien voulu me confier, pour la vente du 11 Décembre à Nantes, une vingtaine de bouteilles de Petrus. Et, ayant lu la presse, me demande: " il y a quelques années, vous m'avez proposé en primeur du Château de Valandraut - un Saint-Emilion en primeur à 300 Frs, hors TVA !.
J'avais trouvé ça un peu cher à l'époque. Heuuu... Vous en faites encore ?" -
Hé Bé non, cher Monsieur, j'en fais plus. Et j'en ai pas gardé. J'aime bien monsieur Thunevin, dont je faisais la pub en 1994, car je trouvais justifié le prix de ces vins par le soin de la culture, le perfectionnisme du chai et l'agrément de sa table, mais il ne me vend plus de vin, sans doute parce que je ne le lui demande pas - car si je lui en demandais, ce serait sans doute pour le revendre, et on n'achète pas de vin à quelqu'un qu'on aime bien si c'est pour le revendre. L'argent facile ne remplace pas un bon déjeûner.
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1999: Le vin à table, on en parle
Ne dites pas: "ce vin est complètement piqué, on dirait le vinaigre que faisait mon père dans un vieux tonneau."
Dites plutôt: " La présence d'acide acétique est prononcée. Ca me rappelle qu'il a beaucoup plu cet automne-là. Figurez-vous que nous devions partir en Espagne et que..." ( enchaîner sur n'importe quoi d'autre).
Ne dites pas: " ce vin est mort, il a dépassé son âge". Ce n'est pas respectable.
Dites plutôt: "voilà une bouteille vénérable. Elle est chargée du poids des ans. Le vin est évolué, avec des nuances brunes. Le nez est assez sec. En bouche, il est fluide, pas très long. L'arrière-bouche est plutôt courte. Bref, il est temps de le boire".
Ne dites pas: "ce chinon rouge est complètement vert".
Respectez les goûts et les couleurs. Dites plutôt: "on sent dans ce cabernet l'astringence des cabernet à juste maturité. Il est clair que les conditions météorologiques n'ont pas permis de récolter des raisins très sucrés. Mais ce goût de poivron est très typique de la région".
Ne dites pas: "Cà, du Sauternes ? Pour moi, c'est du jus de raisin avec une louche de sucre de betterave !". Vous pourriez froisser votre hôte.
Dites plutôt: " On distingue bien dans ce vin la fluidité du sauvignon non surmûri, et la puissance de la liqueur possiblement allogène qui le contrebalance".
Ne dites pas: " Votre rosé de Provence glacé est très bien: il va avec tout... c'est-à-dire avec rien !"
Ce n'est pas délicat lors d'un déjeûner champêtre. dites plutôt: " Voilà un bon vin de soif: il n'accroche pas le palais, il laisse s'exprimer la salade niçoise... d'autant plus qu'il est vraiment bien frais."
Ne dites pas: " est-ce que c'est normal que les bulles du champagne soient grosses comme des bulles de savon ?" Ca gâcherait le réveillon.
Dites plutôt: "Ce champagne est vineux, il a du corps, c'est une belle expression du pinot noir, et ses bulles sont de taille régulière".
Ne dites pas: "Pourrais-je avoir un peu de cannelle pour mettre dans mon vin chaud ?" Ca pourrait refroidir l'atmosphère.
Dites plutôt: " Je n'aime pas le vin trop froid, les arômes ne se développent pas. Ici, on sent bien le bois, le cuir et la vanille. Et l'alcool est présent, on n'est pas volé !"
Ne dites pas: " C'est la première fois que je goûte du Chambertin. Dommage que ce soit sur des artichauts".
Dites plutôt: " je prendrai un peu d'eau, s'il-vous-plaît. Je vais laisser le vin s'épanouir quelques minutes dans son verre".
Ne dites pas: "Avec votre chardonnay désacidifié et votre Saint-Emilion décharné, on pourrait faire une sacrée vinaigrette pour la salade !"
Dites plutôt: "Ah, le monde du vin. Quelle terre de contraste ! Voilà un blanc tout en rondeur, d'une consistance presque huileuse, qui vous emplit la bouche... et voici un rouge nerveux et élancé, qui vous la dégraisse !"
Ne dites pas: " Quelle horreur, il est complètement bouchonné !".
Dites plutôt: " je me demande s'il ne gagnerait pas à une longue aération. On pourrait essayer autre chose en attendant " ( et d'ici là vous serez parti).
Ne dites pas: " Merci pour le fond de la bouteille, j'ai hérité de tout le dépôt".
Dites plutôt: " Les vignerons modernes ont une fâcheuse tendance à surfiltrer leur vin, ce qui les dépouille de leur matière. On voit bien que celui-ci est fait à l'ancienne, avec de la vraie lie..."
Ne dites pas: "Belle robe encore assez sombre, mais avec des notes d'évolution. Parfumé, typé de cabernet-sauvignon, avec des touches de cannelle et de girofle, et une pointe originale de goudron. Très élégant en bouche, soyeux, bonne longueur. Finit agréablement. Pas un poid lourd, mais un vin de classe, de très bon terroir. Je le vois en Médoc, sans doute à Margaux. A mon avis, Rausan-Ségla 1985 !"
Ne dites pas ça, voyons ! Tout le monde sait que vous êtes passé par la cuisine en rentrant.
Ne dites pas: "tiens, une tisane de chêne. Il y a du vin, après ?" Songez au travail et au coût des barriques neuves.
Dites plutôt: Voilà un vin bien boisé. La barrique neuve l'a doté de tannins puissants. Il a des arômes caractéristiques de chêne, de vanille et de clou de girofle. Elevage de grand luxe, assurément".
Ne dites pas: " tiens, le beaujolais est à la banane, cette année. On dirait les petits pots de mon dernier".
Dites plutôt: " C'est incroyable ce qu'on peut faire faire aux levures ! Ce vin est déjà extrêmement aromatique un mois après la vendange !"
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Mars 1999, LETTRE OUVERTE A MADAME C. DE MEURSAULT,
MAIS AUSSI AUX FRERES F. DE CHACE , ET PLUS GENERALEMENT A TOUS LES VITICULTEURS QUI S'ETONNENT ET S'INQUIETENT DE VOIR LE FRUIT DE LEUR TRAVAIL ATTEINDRE SUR LE MARCHE DES VINS DES PRIX SANS COMMUNE MESURE AVEC LE PROFIT QU'ILS TIRENT DE LEUR TRAVAIL.
Madame, vous m'avez téléphoné pour me faire part de votre amertume suite à ma vente publique de Bernay, en Novembre 1998, où nous avons adjugé à des prix très élevés des Meursault et des Corton-Charlemagne de votre domaine. Un mois avant, à Nantes, j'en avais vendu quarante bouteilles. En soi, cela n'est pas grand-chose, mais la demande est tellement importante pour vos vins que cela avait pris des allures d'évènement. A Bernay, il y en avait cent bouteilles, et s'y pressaient nombre d'amateurs et la plupart des grands négociants. Nous avons vendu cher - très cher.
Une chose tout d'abord: cet engouement pour vos vins est entièrement de votre faute. Je me souviens d'un article de la Revue du Vin de France, en 1984, consacré à votre mari. On y célébrait sa modestie, la sagesse de ses prix, et bien sûr l'extrême qualité de ses vins. Je ne dirai pas le contraire, après avoir bu un Charmes 1978 éblouissant qui faisait oublier, dans une longue après-midi, tout ce qui le précédait et tout ce qui le suivait. Quand on fait du vin aussi bon, on ravit les hommes, mais on tente le diable. Alors, comme, partout en France vos confrères et consoeurs qui sont l'honneur de la viticulture, vous avez du faire face à une demande croissante, et démesurée par rapport à vos possibilités. Vous auriez pu accroître largement les rendements, ou louer votre nom. Vous auriez ainsi contenté une large clientèle, qui n'est pas que de connaisseurs. Vous avez choisi de ne signer que ce dont vous êtes fiers. Vous auriez pu doubler ou décupler votre tarif, pour accorder selon la loi du marché votre maigre offre à la demande grandissante. Vous avez choisi de ne vendre qu'à qui vous voulez.
Mais voici que le marché des vins, spéculatif, international, parkerisé, et de plus en plus rapide, vous rattrape. Pas d'échappatoire: peu de vos clients ignorent la valeur de revente de vos bouteilles. Vous m'avez appelé pour vous étonner qu'une telle quantité de vos vins soient présentés en vente publique. Vous m'avez demandé de vous renseigner sur le nom des vendeurs.
Outre le secret professionnel auquel les commissaires-priseurs et moi sommes tenus, il va de soi que je ne donne pas mes sources ( du reste, les raisons de vendre des bons vins sont souvent moins intéressées que celles qui vous viennent à l'esprit: décès, déménagement, revers de fortune sont aussi le lot des amateurs de grands vins). En vous répondant, je n'ai fait que préciser mon devoir d'expert: assurer la régularité des transactions et l'authenticité des vins vendus, et fixer, non la valeur, mais l'estimation du prix probable de vente. En se reportant aux résultats de cette vente, on constatera que les espérances des vendeurs ont été largement dépassés.
Mais en vous répondant, j'avais bien conscience de ceci: ma réponse n'était pas appropriée à vos questions; une fois de plus, l'offre ne satisfait pas la demande ! En fait- et cela vaut pour tous les viticulteurs dont la production s'arrache et se revend - vous êtes désemparée par ce phénomène. Après tout, vous êtes des paysans, qui cultivez la terre et en tirez les fruits. Certains le font mieux que les autres. Vous n'êtes pas des commerçants.
Je suis d'origine rurale, et nous cultivons la forêt depuis des siècles. Je récolte des arbres qu'avait planté mon arrière-grand-père, et j'en plante d'autres pour les petits-enfants de mes enfants. Nous savons ce qu'est un travail à long terme. Comme vous, quand nous plantons,nous ne cherchons pas à évaluer - tâche bien impossible- la valeur de la production trente ou cinquante ans plus tard. Nous le faisons pour transmettre en bon état ce que nous avons reçu. Nous ne sommes pas des financiers... et sans doute pas de bons hommes d'argent. mais nous aimons notre travail parce qu'il est digne et profitable à tous. Et la vigne est sûrement ce que l'homme a inventé de plus noble et de plus complexe comme travail de la terre. Ce produit complexe a généré un marché complexe. Les grands vins ont toujours été chers; les grands négociants ont souvent été plus riches que les viticulteurs, et ils sont pourtant nécessaires.
Dans votre métier où "l'on vit pauvre mais on meurt riche", vous n'avez pas que des déconvenues. Certes, cela n'est pas agréable de voir des intermédiaires faire un gros profit sur des oeuvres dont tout le travail vous revient. Van Gogh vécut pauvre, et il est mort pauvre. Le dixième de la vente actuelle d'une de ses oeuvres l'aurait sauvé de la misère. Votre sort est moins triste.
Mais je sais, Madame, que ce n'est pas l'argent qui vous a incité à me téléphoner. C'est la dignité - et c'est bien plus important. Il fut un temps où la propriété ne pesait pas cher face au négoce. Vous eussiez été plus malheureux qu'aujourd'hui. Ce temps semble révolu. Le négoce de Bourgogne est toujours puissant, il se partage entre de grands vins et de petits vins, mais vous n'avez plus besoin de lui. Car la planète est au courant de la valeur de vos vins; et la planète achète.
Elle achète, la planète. Je veux dire par là , quelques dizaines de milliers de milliardaires qui ne boivent que le meilleur- ils ont pris la place des tsars de Russie, des rois du caoutchouc ou du nickel. Et des millions de par le monde qui adorent les grands vins de France et les cherchent en vain. Là est le problème: si un premier cru du Médoc peut offrir trois cent mille bouteilles bon an mal an, le petit domaine C. est très loin de suffire à la demande. Alors il doit choisir, sélectionner. Alors, surtout, il doit refuser.
Et ici j'interviens. Vous m'avez, Madame, interrogé sur l'origine des vins que nous vendions à Bernay. Je n'ai pas, légalement, le droit de vous répondre. D'ailleurs, quelle importance ? Je me rappelle vos mots: " Si ça continue, on finira par ne plus vendre aux particuliers, si c'est pour qu'ils les passent en vente aux enchères. On ne vendra plus qu'aux professionnels". Allons-y. J'ai réfléchi à cette lettre plusieurs mois avant de vous l'envoyer. Vous ne me croirez peut-être pas, mais mon principal souci était de ne pas vous causer de peine.
continue: ça continue. Le 17 Avril à Bernay,nous vendrons 200 bouteilles de Meursault et Corton-Charlemagne du domaine C.., dont vous ne saurez pas l'origine. Nous les vendrons, je l'espère, cher. particulier: c'est la bonne clientèle, celle des médecins et des amoureux. Je ne connais aucune profession où les gens soient aussi passionnés, accueillants et disponibles que les viticulteurs. C'était votre force, Madame, votre indépendance. C'est peut-être votre fidélité, et finalement votre servitude: vos vieux clients fidèles amoureux. Beaucoup, et je m'en félicite, n'achètent vos vins que pour les faire vieillir dans leur cave. Je dois à un de vos clients du Calvados d'avoir souvent goûté vos Meursault; il m'a averti qu'il n'en vendrait jamais. Bravo ! Certains en revendent. Leurs besoins sont multiples, mais ils vendent souvent plus par nécessité que cupidité. Allez-vous les guetter, les questionner ? Qui revendra ? Ces jeunes amoureux fauchés, ce car de notaires en goguette spéculative, ce gros banquier sincère ? Et sachez qu'ils vendent souvent le coeur gros. professionnels:
" on ne vendra plus qu'aux professionnels". La tâche du commerçant est d'acheter pour revendre plus cher. Cela est justifié par l'argent qu'il immobilise et par le risque qu'il encourt. Et cela est un métier . L'argent que gagne le professionnel, vous le comprenez. C'est son travail, qui travaille mérite salaire. Vous vendez aussi du vin à de grands restaurants, car eux les servent dans les meilleures conditions, pour la plus grande gloire de la cuisine française; Mais , vous l'ignorez peut-être, certains d'entre eux, sitôt reçu vos vins, les revendent aussitôt, gardant juste de quoi faire bonne image sur la carte des vins.
Maintenant, Madame, permettez-moi d'abandonner le rôle de pamphlétaire pour celui de conseiller. Si vous avez bien lu ce qui précède, vous penserez, je l'espère, que je suis de votre bord. Certes, je suis expert en vins, et à ce titre je suis chargé de la vente de vins qui ont été déjà vendus. Certes, je donne des cotations, et je permets aux vendeurs des plus-value sur les vins qu'ils vous ont achetés. Mais je respecte ceux qui produisent ( depuis des années, je mets en valeur dans mes catalogues les vins du Layon et de Savennières, des vins que j'aime, et dont les acheteurs ne sont pas friands). En effet, mon marché est un tout petit marché. Des négociants, et des amateurs qui essayent d'acquérir quelques bouteilles que vous ne pouvez pas leur vendre, faute de disponibilités. C'est à votre honneur de respecter les accords anciens avec des particuliers. C'est à votre honneur de servir en premier la grande restauration. Mais l'argent, dont nous connaisssons vous comme moi la valeur et l'usage, n'est pas destiné qu'aux intermédiaires entre le propriétaire et le consommateur.
Alors il m'est venu quelques idées. Et, j'y pense tard tant cela est vieux pour moi, peut-être avez-vous l'impression qu'une vente aux enchères est dégradante; et signifie pour les vins présentés honte et relents de faillite. C'est faux. Le marché de l'art, c'est aux enchères qu'il se passe. Si les vins des Hospices de Beaune se vendent si chers, c'est parce qu'ils se vendent aux enchères. Même, certains vins rares d'Allemagne sont exclusivement vendus aux enchères. Le marché des ventes aux enchères est, de loin, le principal, pour les vins rares et de collection. Il est simple et franc: le dernier enchérisseur est l'acheteur. Et quand nous présentons quelques-une de vos précieuses bouteilles comme "le meilleur de l'appellation", c'est une publicité que vous envieraient bien de vos voisins.
Madame, je suis bien conscient des questions que vous posent la multiplication des ventes publiques de vos vins. Je n'en suis que le médiateur, une fois de plus. Il me reste à vous persuader que vos intérêts peuvent rejoindre les miens. Car je n'ai pas pour rien réfléchi plusieurs mois sur cette vente de vins du domaine C. . Vous avez choisi la vente à la propriété, et elle vous oblige à faire des choix. Mais les autres ? Ceux qui cherchent désespérément, pour le réveillon de l'an 2000, une bouteille de chez C. ? Ou d'un autre de vos confrères vignerons comme vous incapable de fournir à la demande ?
Alors, voilà : je voudrais organiser chaque année une belle vente publique de vins récents. On y trouverait quelques caisses de chacun de ces domaines confidentiels. Ce serait une vitrine des meilleurs producteurs français. Ils y vendraient bien leur vin, et chaque amateur aurait la possiblité, au moins théorique, d'acheter quelques flacons. Bien sûr, la loi du marché jouera. Mais, pour une fois au moins, l'offre aura été publique, les bouteilles visibles, l'achat possible. Et le vigneron touchera tout le fruit de son travail.
Expert en ventes publiques, j'ai voulu cettre lettre publique. Pour faire connaître notre travail et la manière dont nous le pratiquons. Pour dédramatiser ce qui n'est que le résultat de la qualité, et l'application des lois de l'offre et de la demande. Et pour cette proposition à laquelle je crois fermement. Je vous prie de bien vouloir partager avec votre mari, Madame, l'assurance de mes sentiments les plus dévoués.
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Septembre 1997 A LIRE : LE GOUTEUR ET LE VOLUPTUEUX
C'est un recueil de notes, pensées et actions de l'oenologue Jacques Puisais, mises en scènes par l'écrivain Nicolas de Rabaudy. L'éventail parcouru est vaste, mais toujours traversé par un humanisme et une bonté qui rassasient l'âme et le palais. Pas de doute: la philosophie du vin et de la nourriture du professeur Puisais est bien latine (cf Enchères et en Vins N°16), à la recherche du plaisir et de l'équilibre plus que de la performance héroïque.
Au mot "héroïque", je sens que vous devinez de qui l'on va, encore parler ! Hé oui, c'est Bobby ! Ici le système Parker est bien expliqué; Jacques Puisais et Nicolas de Rabaudy, comme bien d'autres, s'inquiètent de la dérive vers des vins rouges d'extraction trop poussée et de boisé vulgaire, ou des liquoreux candidats dans "la course infernale aux degrés potentiels": les problèmes que nous pose Robert Parker ne sont pas dans la formulation de ses notes ou ses goûts personnels ( qu'il rappelle sans cesse n'être que personnels), mais dans l'interprétation qu'en font les esprits et les palais paresseux: la perversion réside dans l'introduction du chiffre dans le domaine artistique, si l'on veut bien considérer les grands vins comme des oeuvres d'art nées de la terre; je me souviens avoir lu ( mais où ?) que la réussite d'un sport tient à sa capacité à générer du chiffre ( classements, statistiques, probabilités) qui fixent l'attention du spectateur sur canapé.
Il en va de même pour les vins. Qu'est-ce qu'un 95/100 ( car c'est en définitive ce qu'on retient du classement) ? C'est un meilleur vin qu'un 90, et tout est dit. Un peu simple ! Du temps révolu où on accordait aux vins de la cuisse ou du corps, on était quand même plus explicite que ce jugement qui sonne comme l'énoncé du tour de poitrine d'un mannequin.
Puisais, lui, nous explique doucement, mais d'une manière implacable, qu'un vin n'est qu'un élément de la vie, qu'on ne saurait trop isoler, sauf pour des besoins d'analyse délimités, d'où le plaisir n'est quand même pas absent.
Comme Renvoisé, mais un Renvoisé souriant, il pose plus de questions qu'il n'assène de réponses.
Parmi ces questions, celle fondamentale, et naturelle aux vrais ruraux, de l'origine des produits: une tomate, ce n'est pas une tomate parmi tant d'autres, mais une tomate d'ici, ou de là, de telle nature...
Puisais préconise l'unité de lieu, l'accord inné des mets et des plats voisins, le bonheur dans la simplicité apparente. Prophète du plaisir, il n'hésite pas à se lancer dans l'antre du dragon de la Foire de Paris, " ce capharnaüm à cauchemars tout droit sorti de la défonce du consommateur" pour sauver par une conférence savante et gourmande quelques "frères de race, distraits du divertissement pascalien par les hochets du trompe-l'oeil en série !"
Car l'homme de science est aussi un pédagogue qui fait goûter les légumes aux enfants pour leur redonner le goût des racines. Encore plus passionnant, le Puisais intime dévoilé chez lui, qui couve sa cave de six cent crus, prête l'oreille à ses radis et fait parler les haricots ! Chaque aliment doit dévoiler son pedigree pour avoir droit de cité chez lui. Et il s'insurge avec bon sens contre les trafics alimentaires en tous sens (1).
Bref, voilà un livre qui ne laissera personne indifférent, car chacun s'y retrouvera et voudra s'élever avec lui. Moi, par exemple, qui lis en ce moment le chapitre consacré au pain ( le bon pain "unifie les quatre saveurs de base, le sucré, le salé, l'amer et l'acide"), tandis que Bleuzen est en Centre-Bretagne pour apprendre à faire du vrai pain en compagnie d'un ami sculpteur à la recherche d'un matériau noble; quelle heureuse coïncidence !
Jacques Puisais. Nicolas de Rabaudy: Le goûteur et le Voluptueux. Gérard Klopp Editeur, 212 pages, 1996
(1). "Que se produirait-il donc si, au lieu de végétaux, le boeuf se mettait à manger de la viande ? (...) Il se remplirait, notamment, d'acide urique et d'urate. Or l'urate a quant à lui des habitudes particulières. Les habitudes particulières de l'urate sont d'avoir un faible pour le système nerveux et le cerveau. Si la vache mangeait directement de la viande, il en résulterait une sécrétion d'urate en énorme quantité, l'urate irait au cerveau et la vache deviendrait folle ".
Rudolf Steiner, inspirateur de la biodynamie (qui conclut cet ouvrage), écrivait ceci en... 1923 ! Je ne sais si la démonstration est probante, mais la conclusion est d'actualité !
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Vers septembre 1996, Un rusé vigneron
J'ai visité hier un rusé vigneron,
Qui vendait de la terre à vignes jusqu'au Japon .
Comment ? C'est très simple: On sait que le poids des impôts fonciers et des droits de succession rend fréquent soit le morcellement des vignobles à la bourguignonne soit l'agrandissement des propriétés à la bordelaise: comme chez les lamproies du même nom, les gros y mangent les petits, et les gros sont de plus en plus gros. Apparaît un jour l'indivision: les gros vignobles y viennent tôt ou tard; qui dit indivision dit querelles, pleurs, et en général un seul qui travaille pour tout le monde (je crois que la famille Bouchard comprenait 200 actionnaires tous cousins avant de jeter l'éponge). La situation est bientôt intenable.
Ce rusé vigneron, lui, vend des certificats de propriété de ses vignes, plus ou moins bidons, certes, mais bien encadrés. Le cep à 100 Frs, pour un vignoble planté à 8000 pieds, ça fait toujours 80 plaques de l'hectare... et transforme en clients fidèles des copropriétaires plus discrets que des cousins.
Je serais foncièrement, c'est le cas de le dire, favorable à cet actionnariat populaire qui pourrait garder à de grands noms leur rang sur les étiquettes les plus prestigieuses, si... si mon rusé vigneron ne m'avait tant déçu:
"Et en outre, Monsieur, ils me rachètent tous leur cep de vigne chaque année !
-Mais pourquoi donc ?
- Hé bé, en 94 j'ai eu l'eutypiose, en 95 une grêle féroce, et en 96 j'aurai sans doute un retour de phylloxera !"
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Février 1996 DU NATUREL ( ET POURQUOI IL REVIENT AU TROT)
La rareté de mon lectorat m'autorise à commencer cette chronique par un Kig Ha Farz, plat autant délectable qu'inconnu hors des frontières du Léon et, depuis peu, du Pays Rennais. Un Kig Ha Farz est somme toute une espèce de pot-au-feu, à base majoritaire de porc, mais sans pommes de terres, car il comprend aussi, et surtout, le "farz", pâte à base de farine de sarrazin que l'on cuit dans le même récipient, serré dans un sac de lin blanc qui rajoute à la probité candide l'agrément d'un beau gâteau compact que l'on découpe en tranches.
Cette vieille recette paysanne nous sert de base pour des fêtes homériques, telle celle de dimanche dernier où nous avons donné à manger à deux cent bretons affamés; quand vos clients viennent en cuisine essuyer une larme en disant que c'était "le meilleur de leur vie", ça fait plaisir.
Pourtant, rien de plus simple que de faire une bonne cuisine pour peu que l'on prenne de bons produits: la complexité ne sied pas aux bons plats du terroir: les vaches nourries à l'agneau, les porcs nourris au poisson, cela ne peut donner de bonnes viandes; de même pour les vins, qui sont des produits de la terre avant tout, et non de la chimie et du marketing. La bonne cuisine, tous les bons chefs le savent (et le disent) vient de bons produits: la différence entre une poitrine de porc d'élevage hors-sol et une poitrine (avantageuse bien sûr) de porc de ferme est proprement hallucinante; ainsi de la farine biologique comparée à la farine normale.
Ainsi, et par un raccourci audacieux nous revenons au vin, bien meilleur s'il est issu de raisins sains et gorgés de sucre et non de raisins de batterie. De bons raisins sont nourris par leur terre, ils en gardent le suc et les qualités, le vin qu'ils produisent est sain, franc, typique de son terroir. Tout ceci est bien banal.
pourtant, rien de plus rare en France qu'un vin issu de ceps adaptés au terroir, travaillés sans douleur, vendangés sans violence, de raisins préservés et vinifiés sans outrageants traficotages !
J'achète chaque année, par moitié, un cochon, un veau et un agneau, tous grandis dans les lois de la nature; et, chaque semaine, un panier-surprise de légumes de saison poussés sans forcer. Et lorsqu'il m'arrive de boire du vin, je le préfère sain et sans vices.
Si la fermentation des liquides sucrés est un phénomène naturel et spontané, le vin est le produit d'interventions humaines nombreuses; à chaque stade de la culture de la vigne, du traitement des raisin et de l'élevage du vin, le vigneron doit choisir entre différentes méthodes. Le souci du rendement et de la sécurité pousse à l'utilisation de produits de traitements sanitaires, puis de soufre pour limiter l'action des levures, de sucre ou d'acide (ou des deux) pour rééquilibrer le vin. On peut ainsi produire du vin de qualité satisfaisante ou excellente.
Mais on peut vouloir faire mieux: - limiter les interventions sur le sol, pour le laisser aux générations futures dans l'état où on l'a trouvé; cela a toujours été un dogme du monde paysan; mieux que quiconque, nous mesurons en Bretagne les dégâts causés, et pour longtemps, par trois décennies d'agriculture intensive. - respecter la spécificité de chaque vignoble, par l'emploi de pieds de vignes indigènes, et de levures autochtones dans la vinification. - limiter le plus possible les traitements infligés aux moûts.
Le soufre est l'antiseptique le plus nécessaire au vin, qu'il protège en outre de l'oxydation. On peut, selon l'oenologue bourguignon Max Léglise*, en réduire fortement les doses en limitant les aérations du vin à leur strict nécessaire: "dans l'option biologique, la norme à adopter est l'absence total de SO2 libre (= soufre dissous) dans le vin au moment de la consommation, et c'est tout-à-fait possible puisque les vins d'un certain âge n'en contiennent plus, sans être oxydés ou altérés pour autant".
Rappelons que certains vignerons produisent des vins non soufrés, malgré les risques indéniables de refermentations dus à des levures actives.
Comme pour les autres activités agricoles, ce siècle aura été celui de la complexification: on connaît, enfin, tout ou presque de la fermentation et des soins qui doivent l'entourer; les vins n'ont jamais été aussi bons, les accidents aussi rares.
Et pourtant, songions-nous hier devant un verre de Vieux Certan 1955 qui tranchait tant sur ses cadets, est-ce que les produits lissés par l'agronomie et l'oenologie d'aujourd'hui n'ont pas perdu quelque âme en gagnant régularité et stabilité ? Peu de vignerons demeurent maître en leur chai, car la filière du vin a enflé, en amont comme en aval d'eux, de réglementations en nécessités financières, limitant leur pouvoir d'action.
Les diatribes de Nicolas Joly en ont réveillé plus d'un, depuis quelques années ! Expert es management converti en défenseur farouche des ceps faméliques de la Coulée de Serrant, il prêchait la biodynamie, où l'on entre comme en religion, tant les méthodes en sont contraignantes; de leur côté, les vignerons biologistes étaient rattachés à un courant, soit dit sans méchanceté, plus paysan qu'oenophile.
Quant aux Grands du vignoble, premiers crus de Bordeaux et d'ailleurs, aucun besoin ne les poussait à revendiquer telle ou telle appartenance. Joly, toujours lui, au Salon Amical des Vins de Loire d'Angers, nous avait annoncé qu'il cherchait à rassembler la crème des vignerons respectueux des terroirs et des cépages au-delà de querelles de chapelles; il semble que cela s'amorce, et c'est sans doute un évènement plus important qu'une énième dégustation de bons vins.
Nous irons donc taster de bon coeur à la dégustation Ellébore, place de l'Opéra, et je vous en retiendrai un compte-rendu exhaustif.
*: Max Léglise, Les méthodes biologiques appliquées à la vinification et à la fermentation, 140 pages, Le Courrier du Livre, 1994.
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Septembre 1995: Les meilleurs vins du monde sont...
"Monsieur le Rédacteur en Chef, et néanmoins estimé, je vous prie de trouver ici-joint quelques réflexions que j'appellerai:
LES MEILLEURS VINS DU MONDE SONT CALIFORNIENS
Il n'est ici question que des vins issus des cépages Cabernet-Sauvignon et Merlot ( que l'on peut aussi, parfois, assembler pour produire des vins de cépages mêlés). Si l'assemblage de divers cépage est de tradition à Bordeaux, les vignobles modernes de Californie lui préfèrent généralement une vinification qui laisse chaque grand cépage s'exprimer pleinement.
Ils possèdent en outre l'avantage de donner de nombreux millésimes exceptionnels. La preuve de cette supériorité est administrée par la notation incontestée de Robert Parker; dans ses récentes parutions, l'Avocat Divin applique aux 1993 des vignobles du Vieux, et du Nouveau Monde, sa célèbre notation qui fait référence tant à Los Angeles qu'à Saint-André-de-Cubzac.
Le verdict est sans appel, sauf de forme: sur 67 grands vins rouges de Californie jugés, la moyenne est de 91/100, incluant 11 vins d'un niveau égal ou supérieur à 95/100, lequel sanctionne un vin extraordinaire. Jamais l'antique vignoble bordelais n'a pu aligner une telle qualité moyenne. Même en 1990, bonne année, le niveau moyen des vins de Bordeaux reste bien en-deça de celui des vins de Californie, alors même que le Phylloxera ne peut plus servir d'excuse !
Revenant au millésime 1993, on ne peut que constater la médiocre moyenne des vins de Bordeaux, puisque, sur les 67 meilleurs d'entre eux, le jury du Wine Advocat, n'attibue qu'une moyenne de 87/100 qui distingue des vins d'une qualité "de moyenne à très bonne". Encore, dans ma laborieuse statistique, n'ai-je inclus que les meilleurs vins dont le nombre correspond peu ou prou aux crus classés du Médoc ( à gauche de Bordeaux); c'est dire si l'ensemble aurait frôlé les profondeurs ! Alors, deux questions: -
Première question: qu'attendent les instances viticole (et je pense en premier à l'INAO) pour augmenter le nombre des années exceptionnelles ? - Seconde question: par quelles sournoises machinations peut-on encore priver nos gosiers (avides de qualité) des meilleurs vins du monde ?
Ne peut-on y voir (je reste prudent), une maneuvre de dernier recours des lobbies viticoles pour retarder une échéance inéluctable?
Je vous prie d'agréer, Monsieur le Rédacteur en Chef, etc,etc...
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Il est devenu de bon ton de dire du mal de Robert Parker,étant entendu que tous ici-bas ne pouvons que le craindre et respecter ses avis.
Même la RVF commence à ressentir un agacement certain à voir les plus gros tirages d'ouvrages aller à des compilations dont l'honnêteté reconnue ne le cède en rien à l'illisibilité. Tout le monde lit Parker, à commencer par les propriétaires bordelais. L'influence de ses jugements sur la vente des grands vins est prépondérante. Et si un jour Bobby s'attaquait (Goddam!) aux fromages, la France en deviendrait ingouvernable !
Mes trente abonnés savent à quel point j'aime les vins de Bordeaux, outre l'agrément de gagner ma vie avec. Je constate toute l'année dans mes ventes publiques l'effet de la Parkerisation sur les cotes des vins. Bobby condamnera-t'il les 1992,1993, 1994 au vinaigrier ? La France a peur !
Tout le monde sait que Bobby est un bon dégustateur, comme il en existe des dizaines. J'expliquais naguères (à mes trente abonnés) sa réussite par le fait que "seuls les Américains savent allier la Bible au Reader's Digest".
L'accélération de la circulation des données, la demande croissante d'information du public, les multiples court-circuitages du marché, s'accommodent bien d'une cote officieuse dont le succès doit dépasser même les espérances de Parker.
Heureux les amateurs qui visitent les vignobles en bottes plutôt qu'en Boeing ! Personne ne leur tarifie la marche dans les vignes, les petits oiseaux (puisqu'il parait qu'on réintroduit la vie animale dans les vignobles de France), l'odeur des moûts qui bouillonnent...
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Avec toute l'estime que je porte à M. J.F. Moueix qui joint à la grâce de produire quelques-uns des plus beaux vins Pomerol un amour touchant pour la Bretagne, me voilà bien embarrassé pour parler de ce sacré "Carré d'As", d'autant plus qu'un certain nombre de mes lecteurs, tant particuliers que professionnels, y ont déjà vaillamment souscrit (1).
Il s'agit d'une vente en pré-pré-pré-primeur du millésime 2000 sur 4 des meilleurs vins de Bordeaux: Haut-brion, Latour, Margaux, et Petrus en cerise sur le gâteau millénariste. La publicité fait valoir l'engouement ( qui existe) déjà suscité par le premier millésime du troisième millénaire.
Bien. Outre l'évidence que l'an 2000 ne sera que le dernier du second millénaire, je reste perplexe devant ce qui me semble une fuite en avant du négoce bordelais vers un incertain... retour vers le futur !
(1). Fin de ma première phrase.
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Décembre 1994: L'Avocat du vin, et le procureur du vin (...).
Sans doute avez-vous déjà acheté le Guide des Vins de France de Robert Parker, peut-être vous l'a-t-on offert en triple pour Noël. Il s'agit une nouvelle fois d'un ouvrage de référence, qui regorge de découvertes et explore les régions peu connues: à noter, une étude bien complète des vins d'Alsace.
Le grand évènement de la littérature oenophile est pour moi la parution du pavé (dans la mare) de Guy Renvoisé, Le Monde du vin: art ou bluff. Renvoisé, éminent dénicheur de bons vins pour les grands restaurants, s'épargne d'ailleurs le point d'interrogation qui devrait ponctuer le titre, tant la répose est pour lui évidente: bluff à 90%.
De prime abord, cet ouvrage touffu et un peu confus peut paraître comme le bougonnement d'un vieil amateur nostalgique, mais on se rend vite compte qu'il repose sur une érudition extraordinaire, une connaissance des sols et de la vinification dont peu de critiques approchent.
Renvoisé est très dur envers à peu près tout ce qui tient au vin d'aujourd'hui. De la stérilisation des sols bourrés de produits douteux ou recouverts de terres allogènes aux rendements faramineux de clones standardisés, des extensions illimitées des crus bordelais à la malignité des Bourguignons, de la bureaucratie inepte à la fiscalité spoliatrice, tout y passe, et il est heureux qu'il y ait une conclusion réconfortante pour nous dissuader de passer à la Badoit !
Renvoisé compte sur les doigts des deux mains les viticulteurs de chaque région, car il place la barre très haut. On ne peut citer tous les passages croustillants de ce livre, mais je ne résiste pas au plaisir de reproduire ses conseils pour bien acheter aux enchères: " Au moment où démarrent les enchères, placez-vous de préférence sur le côté, le dos au mur (...). Quand vous avez décidé de rentrer dans les enchères, faites votre annonce d'une voix nette et intelligible ou bien levez très franchement la main. Dès que la somme dépasse celle que vous vous êtes fixée, faites, avec votre avant-bras, des signes de dénégation très fermes (...)" On ne s'ennuie pas dans les salles de vente avec M. Renvoisé ! Je signale à ce propos que les frais sont fixes ( 10,854%) et non plus proportionnels comme indiqués page 138, et que l'on peut acheter sur ordre sans se faire "allumer" à tous coups.
Un livre comme celui de Parker donne des conseils, des notes, bref il guide et sécurise le lecteur. Seuls les américains ont cette faculté d'allier la Bible au reader's Digest. Le classement par points simplifie bien des choses: je rappelle que l'influence de la notation de Parker est de plus en plus grande sur le cours des vins français, et je connais bien des vignerons qui tremblent e attendant leur publication.
Le Renvoisé pose plus de questions qu'il n'y répond, dans une tradition bien française ! Il brocarde par ailleurs le système de dégustation des vins jeunes, la base des notes de Parker, affirmant non sans raison que les vins présentés dans ces occasions éphémères sont les plus susceptibles d'être appréciés, et ne reflètent pas toujours la qualité de l'ensemble; il lui oppose une technique simple: à la fin d'une dégustation, les bouteilles les plus vides sont toujours les meilleurs !
En résumé, c'est un ouvrage indispensable à tout amateur curieux. Je ne saurais terminer sans revenir au Grand Robert: il attaque curieusement les dégustations-marathon de dizaines de vins; ses notes sont pourtant fondées sur ce type de dégustations, qui déconcertent les vignerons eux-mêmes.
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Avril 1994 Château de Valandraud
Le très rare et très cher Château de Valandraud, dernière star du merlot, illustre bien l'émergence de nouveaux vins dans le paysage bordelais, des vins très bons, très rares, très chers !
Le château de Valandraut est le dernier-né des nouveaux Bordeaux de haute couture apparus depuis quelques années dans le Libournais. Le domaine a été constitué par Jean-Luc Thunevin, négociant en vins de Saint-Emilion, sur deux groupes de parcelles totalisant 1,8 hectare, l'un en haut de la Côte Pavie, le second sur un affleurement de graves profondes près du château Monbousquet, entre Saint-Emilion et Libourne.
Le vignoble est conduit de façon très traditionnelle, plus comme un jardin que comme une entreprise. Vendanges vertes autant que nécessaire, palissage des vignes "selon la physionomie de chaque pied", J.L. Thunevin a choisi de faire le meilleur vin possible sans souci du coût.
La production très limitée permet d'ailleurs de ne pas s'en soucier, car le marché du vin est ainsi fait qu'un produit très rare et très bon trouve immédiatement un public.
La vendange se fait manuellement au meilleur moment, en attendant le bâchage des vignes sérieusement envisagé ! Toute la vendange est éraflée à la main, foulée à la main, puis fermente dans des cuves en bois ouvertes à la bourguignonne, à température élevée, avec des pigeages au bâton; on casse le chapeau de marc qui se forme sur le dessus du mout pour le plonger dans la cuve. Les fermentations malolactiques se font dans des barriques de chêne neuves, où le vin séjourne 14 à 18 mois. Il est embouteillé sans filtration, après un collage aux blancs d'oeufs léger.
Ces façons de travailler comportent des risques ( fermentation à température élevée notamment) récompensés par une matière plus dense, une concentration plus importante que dans un autre vin.
Le propos de Valandraut est bie de faire un autre type de vin, comme les Bourgogne Leroy sont d'autres Bourgogne, la Coulée de Serrant un autre Savennières. Le merlot est le cépage dominant à 75%, épaulé par le canernet-franc.
'effet des rendements de 30 Hl/hectare est encore limité par saignée du moût et par la présence d'un second vin. Ces rendements pratiquement deux fois inférieurs à ceux de grands domaines bien tenus sont la cobdition impérative d'obtention de ces vins très concentrés et puissants que se développent dans le Libournais: Le Pin et La Fleur de Gay en Pomerol, Le Tertre-Roteboeuf et Valandraut à Saint-Emilion, ont en commun la prédominance du cépage merlot, des vendanges tardives, un élevage et parfois une fermentation sous bois neuf, des rendements limités, des critiques dithyrambiques, un prix de vente très élevé, une clientèle fanatique, et bien sûr la faveur de Robert Parker.
Il est très normal que ces nouveaux vignobles se soient développés dans le Libournais, en premier lieu à Pomerol, pays de petite propriété soigneuse et de prix élevé, où aucun classement des Châteaux n'encadre le prix des vins, et à Saint-Emilion où ce classement existe bien, mais reste relativement incompréhensible.
Pour se tailler ainsi une place si présente, ces vins se devaient d'être très bons, mais d'une manière évidente, d'offrir "plus de tout" au dégustateur, bref de gagner par K.O. !
On prédit parfois une désaffection rapide pour ce qui ne serait qu'une mode dictée par le susdit Bobby. On s'inquiète souvent du type très accusé de tous ces nouveaux vins, bêtes à concours qui ne laissent aucune chance aux valeurs confirmées.
Tout cela n'est pas faux, mais plutôt mal ciblé: on ne boit pas de la Turque tous les jours, et les gens qui achètent une Rolls ont aussi une autre voiture.
Le désir de faire le meilleur vin possible, qui est finalement le désir de retrouver l'illusoire grand vin de nos grand-pères, rencontre une vieille demande qui rend ces entreprises tout-à-fait viables à long terme, comme le sont les petites exploitations de Bourgogne ou d'ailleurs.
Dans ce petit peloton des vins dont la demande est très supérieure à l'offre, d'autres rejoindront sans doute Petrus et ses émules dans une émulation de sélection qui n'est porteuse que de bons vins à venir.
La production du Château de Valandraut est bien sûr très réduite:
le vin de 1990 a été vendu en vrac;
1991 très diminué par le gel a fourni 1000 bouteilles;
c'est en 1992 que débute vraiment la production de grand vin, avec 4500 bouteilles d'un vin très dense, extrêmement long en bouche, et d'un grand potentiel de garde.
1993 devrait être un grand vin. Ce grand vin a bien sûr un prix, qui est légèrement supérieur à celui d'un premier cru de Bordeaux, au niveau d'un Grand cru phare de Bourgogne ou d'une grande cuvée de Côte-Rôtie de Guigal; il s'adresse d'ailleurs à la même clientèle, la plus passionnée; les 3500 bouteilles de Valandraut seront vendues par quelques négociants de Bordeaux, mais n'appelez pas, tout est sûrement déjà réservé !
C'est le propre de ces nouveaux vins que d'être quasi-introuvables . Le prix auquel Valandraut a été proposé en primeur est de 240 à 280 Frs hors taxes, ce qui en fait l'un des trois vins les plus chers de la campagne, après Le Pin et Petrus.
Cette campagne de primeurs 1993 a connu un gros succès en ce qui concerne les crus de la Rive Droite très réussis: si la vendange a été perturbée par les pluies de Septembre, l'ensoleillement total fut supérieur à celui de 1982.
L'un des vins les plus chers cette année, L'Evangile, est parti pour une belle carrière de vin rare, tandis que d'autres, prévisibles comme L'Angélus ou inattendus comme Beauregard, sont déjà introuvables.
Au prix attractif ( 180 Frs en moyenne) auquel sont proposés les premiers crus, ce bon millésime relance l'intérêt pour les ventes en primeur. Le Château de Valandraut, enfin, jouit des conseils de l'oenologue Pierre Pauquet ( Cheval-Blanc), de Michel Rolland ( oenologue célèbre), et d'Alain Vauthier, copropriétaire d'Ausone; ce qui semble prouver que cette expérience est suivie avec beaucoup d'intérêt à Saint-Emilion.
bin/compteur.cgi?df=compteur1&ft=0&tr=y&pad=n